Je vous écris aujourd'hui parce que je vois sur tous les blogs et j'entends dans la bouche de tout le monde que la prépa c'est un calvaire (même dans la mienne). J'ai lu des articles effrayants à ce propos du type de cet article qui circulait sur Le Monde, qui s'intitulait "l'excellence au prix fort" et qui relatait "l'enfer des prépas". Cet article a d'ailleurs été supprimé, car ils ont sûrement fini par se rendre compte du tissu d'inanités que c'était. L'enfer des prépas, n'importe quoi ! Bref, vaut mieux entendre ça qu'être sourd... Et je m'égare, une fois de plus. Je voulais simplement dire dans cet article que la prépa (enfin la khâgne en tout cas, les autres prépas, je ne sais pas...) ne se résume pas à 40h de cours par semaine, des DS de 6h tous les samedis et des khôlles à passer régulièrement. 

 

La khâgne, c'est aussi de beaux moments d'échange, de partage, de solidarité. Ok, compète, concours, etc. Mais avant, amitié. C'est en prépa que j'ai trouvé mes meilleurs amis, ceux avec qui je sais que je garderai contact toute ma vie. Mais non, j'exagère pas ! C'est en prépa que j'ai fait le plus de rencontres et probablement où j'ai le plus rigolé et fait la fête de toute ma vie. Et ce bel esprit prépateux, nous le devons à la cohésion naturelle qui se crée dans un groupe lors de l'organisation des évènements dans l'année qui constituent ce que j'appelle les moments forts de la vie du khâgneux. Ils sont au nombre de trois, et ce sont trois évènement traditionnels de la khâgne.

 

Le premier moment fort du khâgneux est l'intégration des hypokhâgneux. Il s'agit de bizuter les petits nouveaux gentiment et élégamment, car nous devons en toutes circonstances nous montrer dignes de notre statut de littéraires qui nous confère un raffinement sans bornes. Le but est plus de les souder entre eux et de leur montrer qu'ils peuvent compter sur le soutien des khâgneux que de les dégoûter à vie de la prépa. L'intégration se déroule ainsi : un soir de la première semaine après la rentrée, on réunit les hypokhâgneux. Tous les khâgneux sont en toge pour montrer qui sont les chefs, ici. On leur apprend le Vara tibi Khagna pour transmettre le message de paix que véhicule cet hymne à la nouvelle génération. On leur dessine des chouettes (symbole de la khâgne, Vara) sur la tronche, on leur attribue chacun un parrain ou une marraine, chargé de les guider et de les soutenir tout au long de l'année. Je vous raconterai un jour la belle amitié qui n'est pas née entre mon parrain et moi lorsque j'étais en hypokhâgne, mais aussi et surtout la belle amitié qui est née entre ma filleule et moi lors de ma première khâgne. Puis on les bizute hors de l'enceinte du lycée. Bizarrement, ils sont RAVIS d'être bizutés, ils n'attendent même que ça. Faut dire qu'on est quand même vachement sympa. Dans notre lycée en tout cas. Et le soir, on va boire des canons tous ensemble pour faire connaissance, et qu'ils fassent connaissance entre eux. L'organisation de tout cela est aux mains des khâgneux, ce qui les soude dès le début de l'année en dépit du mélange des différentes classes des ex-hypokhâgnes et de ceux qui khûbent.

 

A la fin de l'année et avant les concours, la tradition veut que les khâgneux (tout comme les autres élèves de prépa) inversent leurs professeurs. Il s'agit de l'inversion. Cette tradition est plus ou moins respectée selon les établissements car elle occasionne souvent des débordements, surtout de la part des scientifiques, sans vouloir me montrer sectaire. L'inversion a généralement lieu le dernier jour de l'année avant le début des révisions (calendrier khâgnal =/= calendrier hypokhâgnal). Ce jour là, tous les deuxième année confondus se réunissent dans la cour le matin et vont inverser les profs qui sont en train de donner tranquillement un cours aux première année. Les khâgneux sont souvent déguisés à cette occasion, le but est de déranger les profs le plus possible dans leur cours, jusqu'à faire sortir les élèves pour organiser des jeux et des concours (récompenses à la clé) opposant profs et élèves. C'est une petite vengeance, quoi. Chaque classe de deuxième année doit concevoir et fabriquer à l'avance une immense bannière ou drapeau, et les première année doivent élire la plus belle et la plus originale. Ensuite, chaque classe de deuxième année peut danser une chorégraphie ou chanter une chanson s'ils en ont préparé une. Cet épisode peut avoir lieu dans le self, à midi. Les profs ont des opinions variées sur cette inversion. La plupart sont très contents de voir le quotidien un peu bouleversé mais réticents à l'idée de participer aux jeux. D'autres sont complètement réfractaires à cette pratique ignoble. Et certains sont des vrais gamins qui se prêtent au jeu avec plaisir.

 

Le dernier moment fort de la vie du khâgneux a lieu après les concours et après la préparation des oraux : c'est généralement le dernier jour de cours des hypokhâgneux. Il s'agit du festival de khâgne, qui, comme son nom l'indique, ne concerne que les littéraires. A cette occasion, les hypokhâgneux et les profs sont conviés dans un petit théâtre du lycée, ou une grande salle si le lycée n'a pas de théâtre. Et les khâgneux font le show. Leur but est de se venger des profs tout en prévenant les hypokhâgneux de ce qui les attend s'ils passent en khâgne (avec humour et élégance toujours). Les khâgneux doivent pasticher les profs en organisant une petite mise en scène comprenant des mini sketches. C'est un exercice de style difficile, mais hilarant quand il est bien exécuté. Le but n'est évidemment pas de vexer les profs. On reste toujours dans une ambiance bon enfant. A la fin de la représentation, on chante le Vara tibi Khagna et les khâgneux peuvent danser s'ils ont préparé une chorégraphie. Puis khâgneux, hypokhâgneux et profs partagent un pot préparé par les khâgneux et discutent tous ensemble. Le festival de khâgne est l'évènement qui demande le plus de préparation, car il faut trouver des idées, écrire des scénarios, des dialogues, les apprendre, les répéter pour les jouer, s'entraîner pour connaître l'enchaînement des sketches, préparer tous les accessoires, etc. Il est généralement très apprécié des profs et surtout des hypokhâgneux, qui sont alors motivés pour préparer un festival encore plus savoureux que celui de leurs prédécesseurs.