Si vous allez rentrer en khâgne pour la première fois, vous n'avez probablement encore jamais eu de DS de six heures. Et il faut bien l'avouer, c'est vrai que ça fait bizarre au début ! Dans les premiers temps, y'a soit deux heures au début où on sait pas quoi faire, soit deux heures à la fin où on sait plus quoi faire. Et en fait, à la fin de votre khâgne, vous vous rendrez compte que 6 heures, c'est adapté au nombre de trucs qu'on a à dire dans une disserte et surtout au temps que cela demande pour les organiser. Vous verrez même que 6 heures, ce n'est pas assez, parfois (au concours cette année : deux copies que je n'ai pas eu le temps de finir, ce qui m'a hautement pénalisée). Gérer son temps est donc vraiment une chose très difficile. Il ne faut pas traîner, c'est sûr, mais en même temps, il faut quand même prendre votre temps pour construire un plan cohérent et ne rien oublier. Quand vous direz à vos amis de fac que vous avez toutes les semaines des DS de 6h, déjà ils ne vont pas comprendre pourquoi vous vous infligez une telle souffrance, et ensuite ils vont vous prendre pour des illuminés quand vous leur direz qu'en plus, 6h c'est trop court. Bref, cela est hors-sujet, mais si vous voulez éviter des débats stériles, n'abordez pas ce sujet avec des gens qui sont à la fac. 

 

Ces six heures dont vous disposez pour rédiger une dissertation réussie doivent être bien organisées pour que chaque minute soit mise à profit. L'essentiel est donc de bien savoir où vous allez (c'est-à-dire votre réponse au sujet) du début (évidemment, cette réponse peut être enrichie au fil de votre réflexion et rédaction). Naturellement, chaque khâgneux est différent et procède différemment, donc mes conseils d'organisation ne sont pas applicables à tous, néanmoins je peux quand même vous donner ma méthode qui a, dans l'ensemble, plutôt pas mal marché cette année.

 

Tout d'abord, quand vous avez le sujet, vous sentez une immense sensation de frustration vous submerger. Parce que chaque sujet vous apparaît soit comme un "coup de pute" du prof et vous vous dites qu'on attend de vous des choses précises dont vous ne vous sentez pas capable, soit au contraire comme un sujet auquel il fallait s'attendre, et vous vous dites que si jamais vous foirez, c'est parce que vous aurez mal appris votre cours et vous culpabiliserez. Par exemple, sujet de littérature "La poésie est essentiellement philosophique, mais elle doit être involontairement philosophique" (Charles Baudelaire). Ca, c'est un vrai coup de pute ! (Bon, ok, je profite de ce post pour faire étalage de ma rancoeur par rapport aux sans-coeurs qui font les sujets de l'ENS). On se sent tout à coup très vulnérable, parce que Baudelaire, on le connaît bien, c'est notre vieux pote. On pouvait pas imaginer qu'il allait nous trahir comme ça. Dans ce sujet, on voit tout de suite que la difficulté principale à éviter, c'est de tomber dans une analyse philosophique. Mais étudier littérairement une citation philosophique sur la poésie, c'est chaud. On se sent alors perplexe, dérouté. Encore plus quand c'est le jour J. C'est affreux. Deuxième exemple, sujet d'histoire "populations, pouvoirs publics et hygiène en Europe de la fin du 18ème siècle aux lendemains de la Grande Guerre". C'est en gros, l'intitulé du programme de l'année. Donc, d'un côté, on se sent rassuré. On sait de quoi on va parler, on sait qu'on a bien fait son job. Mais justement, c'est ça aussi le problème. On sent toute une année de chapitres d'histoire se diriger vers nous telle un tsunami et c'est là qu'il faut faire un effort monumental pour cibler, trier, ramasser, condenser et en même temps, ne rien oublier ! Bref.

 

Passé cette première sensation terrible de solitude et de fragilité qui nous envahit, on met ses boules Quies, on arrête de regarder par la fenêtre ou d'échanger des regards entendus avec ses potes et on s'y jette. C'est parti pour 6h. Première chose : concentration. Le sujet, rien que le sujet. Deuxième chose : idées. Toutes les idées, même si vous avez des idées d'exemples, des idées de transition, des idées de titres, des idées d'idées, des idées de tournure, des idées de date, des idées de citations, des idées d'apories, etc. Bref toutes les idées qui vous viennent. Essayez de toutes les mettre sur la même feuille puis prenez une autre couleur et virez tout ce qui ne répond pas directement au sujet. Les idées qui restent doivent se regrouper en différents thèmes (qui seront les trois parties de votre développement). Vous devez trouver un problème commun à ces trois groupes d'idées. Posez-vous plein plein plein de questions de manière à ce que vos idées y répondent. Puis condensez ces questions pour formuler votre problématique en une ou deux phrases. Notez-la en gros en rouge, car elle va rester votre fil conducteur tout le long de la disserte. Répondre à votre question, qui elle-même est une problématisation du sujet, tel est votre but.

 

Prenez une deuxième feuille et commencez l'étape la plus difficile qui est celle du plan. Je n'aime pas quand cette étape est bordélique, alors j'utilise des couleurs différentes et je m'arrange pour qu'il n'y ait pas trop de flèches ou d'astérisques. Pour cela, je laisse beaucoup d'espaces vides qui finissent toujours par être remplis par les idées qui me viennent au fil de la disserte. Oui, parce que la phase IDEES se poursuit même après la première étape qui consiste à écrire celles qui vous viennent. Sinon, votre disserte serait drôlement pauvre. C'est un travail d'édification progressive. Tout se construit ensemble, au fur et à mesure. Les idées du début sont les idées de base, les fondations de votre édifice, si vous voulez. J'utilise en gros une feuille A5 par partie. J'écris mon titre de partie (titre qui me vient à l'esprit direct) en haut en rouge en gros. Et je laisse de la place pour le retravailler. Au final, il fait généralement plusieurs lignes. Je le fais pour chaque partie, puis je pioche dans ma première feuille à idées pour remplir les parties de manière équitable. A ce moment, d'autres idées me viennent, et il y a généralement trois sous-parties dans chaque partie. Je leur donne aussi un titre. Je détaille l'idée en quelques phrases mal rédigées et j'ajoute un exemple auquel j'ai pensé en le détaillant un peu. Si je détaille autant, c'est pour ne pas être prise au dépourvu quand je vais rédiger mon développement en me demandant ce que j'ai bien pu vouloir dire, où je voulais en venir ou bien en me creusant pour trouver un exemple. Plus on prépare de trucs à l'avance dans son plan, plus la rédaction est facilitée. 

 

Sur une troisième feuille, rédigez intégralement votre introduction. Certains trouvent cette étape inutile et rédigent directement leur intro. Ils sont fous, ma parole. C'est la partie de mon brouillon que je retravaille le plus ! Elle doit être élégante, son style doit être plus travaillé que tout le reste du développement ! Je m'arrange pour faire des transitions qui me font partir d'un thème large puis cibler de plus en plus jusqu'à arriver au sujet et au problème qu'il pose. Après analyse des termes du sujet, je détaille un peu en quoi il pose problème puis j'écris la problématique que j'avais préalablement rédigée en la modifiant un peu si la construction de mon plan a fait varier ma réponse. Ensuite j'écris le titre de mes grandes parties : cela constitue l'annonce de mon plan. Chaque titre est une phrase, chaque phrase est articulée par un connecteur logique. Puis je rédige intégralement ma conclusion au brouillon, mais elle n'est pas très longue, car je sais qu'en cours de rédaction de la disserte, j'aurais d'autres idées (la conclusion peut comporter jusqu'à trois idées conclusives). Tant que je suis encore imprégnée de l'élégance de style que j'utilise pour l'intro, je rédige la partie "bilan" de la conclu et éventuellement la suite si j'ai des idées. Je vous conseille vraiment de rédiger votre conclusion à l'avance, vous verrez quel soulagement cela constitue lorsque vous arrivez au terme de votre dissertation. Essayez, au moins. Faites-le, rien qu'une fois si vous ne l'avez jamais fait, vous n'avez rien à perdre.

 

Enfin, rédigez et grouillez-vous là où c'est facile (genre intro de partie ou conclusion de paragraphe...) pour pouvoir prendre du temps pour réfléchir lorsque vous pinaillez à intégrer vos exemples ou à exprimer vos arguments. Recopiez votre intro (elle fait environ une page, mais arrangez-vous pour que la fin de votre intro n'arrive pas en bas de page, sinon, l'examinateur ne verra pas clairement où commence votre première partie). Il faut bien travailler sur le visuel. sautez plusieurs lignes entre chaque partie pour avoir une disserte bien aérée. Soignez-les transitions, c'est ce que le correcteur regarde en premier avec l'intro et la conclu. Ecrivez-bien, enfin essayez (l'écriture se dégrade généralemet au fil de la copie). C'est important d'être lisible et de ne pas faire de fautes d'orthographe (mais vos profs vous ont sans doute déjà harcelé avec ça). Puis rédigez votre développement. Des idées vous viennent encore, ce n'est pas trop tard pour les intégrer. Ca peut être des idées de transition entre vos parties ou des idées de conclusion, notez-les sur votre brouillon en les rédigeant d'ores et déjà, comme ça, pas besoin de réfléchir. Puis recopiez les différents paragraphes de votre conclusion, et arrangez-vous quand même pour que votre conclusion soit moins longue que votre introduction. 

 

Voici le résumé et le timing du processus de dissertage en 6h :

Concentration : 2-3 minutes.
Brain storming : 15-20 minutes.
Organisation des idées : 10-15 minutes.
Problématisation : 10-15 minutes.
Edification du plan : 60-90 minutes.
Rédaction de l'intro : 30-45 minutes.
Rédaction de la conclusion : 10-15 minutes.
Recopiage et rédaction de la dissertation complète : 3-4 heures.
Relecture : quelques minutes à l'arrache en ce qui me concerne (je procède par paragraphes et en commençant par la fin de la copie).