A la suite des nombreuses questions qui m'ont été posée sur ma spécialité philosophie, et estimant que je n'étais pas forcément la meilleure personne pour y répondre étant donné mes piètres performances en la matière (j'ai préféré tout donner en cinéma, ce qui a bien payé et je ne regrette absolument pas mon choix !), j'ai décidé de partager avec vous le témoignage collectif de plusieurs spécialistes de philosophie. Je ne me suis pas totalement exclue de ce témoignage, pour une fois, car certaines questions m'avaient été posées directement, mais j'ai tout de même préféré faire appel à des philosophes plus aguerris et à des personnes aux parcours plus diversifiés. Hortense, jeune khârrée en double spécialité philosophie/cinéma (comme moi !) a choisi la spécialité philosophie sans soupçonner le don inné qu'elle avait en commentaire de texte philosophique. Alix a khûbé à mes côtés et, devant ses induscutables compétences en philo, s'est naturellement dirigée vers la spécialité philosophie pour sa deuxième khâgne, faisant ses adieux aux lettres classiques. Hélène, également khûbe, a au contraire choisi d'abandonner la spécialité philosophie qui lui tapait probablement sur le système, et je la comprends, au profit de la spécialité anglais. Enfin, Thomas est un ex-khâgneux philosophe qui a choisi de se diriger vers la faculté de philo pour sa troisième année de licence.

 

Alix
1) Pourquoi t'être réorientée vers la spécialité philosophie pour ta deuxième khâgne ?
Le choix de la spé philo s'est fait très facilement en fin de première khâgne lorsque j'ai compris que les lettres classiques ne m'allaient pas. En toute honnêteté je l'ai choisie autant par goût pour la matière que parce que j'appréciais le prof. Stratégiquement, je pense que changer de spé n'était pas forcément une bonne chose pour le concours : je perdais le bénéfice d'un an d'expérience. En effet, en arrivant en spé philo en cube j'étais aussi ignorante que les carrés quant à la méthode du commentaire philosophique et je n'avais pas la maturité de réflexion conceptuelle que pouvaient avoir les cubes qui avaient déjà suivi la spé philo. En travaillant le retard peut être rattrapé mais j'ai manqué, le jour de l'épreuve de spé par exemple, de l'assurance que je pouvais avoir dans les autres matières. Mis à part ce point "stratégie concours", j'ai choisi cette spé ausssi parce que je recherchais dans la philo ce qui me manquait dans les lettres classiques, un effort plus évident de réflexion. Et l'idée de connaître des oeuvres dans le détail m'intéressait, afin de sortir du format Terminale du cours autour d'une notion. Je trouve que l'exercice du commentaire est très stimulant et j'ai beaucoup aimé travaillé sur des textes des deux auteurs. Quel que soit le résultat  (même si une meilleure note est toujours plus réconfortant) j'ai vraiment apprécié passer du temps à chercher à comprendre le sens "philosphique" d'un texte, aller voir dans le reste de l'oeuvre des passages plus éclairants, chercher les influences de l'auteur pour mieux le comprendre... Très prosaïquement, l'avantage évident de la spé philo est le nombre d'heures : je suis passée de 7h en lettres classiques à 3h en philo. Ce qui n'est pas négligeable en prépa !
5) Un avis sur les programmes de philosophie proposés par l'ENS ?
Le programme de cette année, Cicéron et Malebranche, était très intéressant. Cicéron n'était pas à proprement parler exaltant et je ne me suis pas prise d'une passion pour les Stoïciens mais c'était une oeuvre qui permettait de combler les lacunes en philosophie antique. Très scolairement, c'est le premier point positif de cette partie du programme. Mais elle offrait également une réflexion sur la liberté et la possibilité d'action, ce qui peut nous concerner plus directement. C'est ce qui me plait dans la philo : même si le côté scolaire/culture générale est important ça n'empeche pas qu'on puisse y trouver des pistes plus personnelles de questionnement. Quant à Malebranche, il ne fallait pas craindre Dieu, la nature et la grâce pour apprécier cet auteur ce qui n'était pas mon cas ; la rencontre s'est donc bien passée. Je n'ai pas fait de découvertes bouleversantes en philo cette année, ni en spé ni en général, mais j'ai pris ça et là des éléments qui m'intéressaient plus particulièrement. Je pense que pour cette raison, n'importe quel programme m'aurait satisfait.

Caroline
2) Pourquoi avoir choisi la spécialité philosophie plutôt qu'une autre matière ?
La philo a pour moi une découverte favorable en terminale littéraire et je savais déjà que je voulais en faire la matière dominante de mon parcours, car c'est celle que je trouvais le plus formatrice, à bien des égards. Ce choix s'est confirmé à la fin de mon hypokhâgne, lorsque j'ai décidé de demander mon équivalence en philosophie et d'intégrer la spécialité philosophie pour ma khâgne. Le programme de spé philo de ma première khâgne était extra, c'était vraiment une discipline qui me plaisait, et j'ai adoré découvrir Montesquieu et Bergson, même si je n'avais pas des compétences délirantes en commentaire de texte, et malgré le soutien très relatif du professeur. Cependant, aujourd'hui je suis un peu revenue de mon choix. Cette année, c'était un peu différent. Cicéron et Malebranche, c'était certes intéressant, mais ça m'a bien gonflée quand même (trop de commentaires et de recherches qui s'ajoutaient à un emploi du temps déjà surchargé). J'ai aussi manqué de motivation, parce que je savais que j'étais inscrite en spécialité cinéma à l'ENS et que je ne passerai pas l'épreuve de spé philo cette année. Même si je m'en sors honorablement au niveau des notes sur l'année, j'ai bien compris que je n'avais pas la bosse de la philo. Je m'en doutais un peu déjà avant, c'est pour cela que j'ai choisi un double cursus avec la spécialité cinéma, qui a été pour moi un enchaînement de bonnes surprises et qui me permet surtout de pouvoir me reconvertir.
7) Est-il facile de jongler avec les deux programmes (philo spé et philo géné) ?
Ce qui est vraiment agréable (c'est sûrement fait exprès, d'ailleurs, donc merci l'ENS), c'est que les deux programmes se complètent et se rejoignent souvent, au moins concernant l'une des deux oeuvres. Par exemple, en 2012 l'Esprit des Lois rentrait parfaitement dans le programme de philosophie générale Droit et politique ; et cette année, le Traité de Morale s'est révélé très intéressant pour la Métaphysique. C'est à mon sens un atout majeur, puisqu'au niveau de l'organisation, travailler pour la spé philo, c'est aussi travailler pour le tronc commun, donc c'est tout benef. La spécialité philo reste globalement une des spécialités les moins contraignantes (au niveau horaire surtout !) c'est pour cela que gérer un double programme ne me paraît pas insurmontable, même si nous devons évidemment nous entraîner au format de l'épreuve (le commentaire de texte en l'occurrence) mais de toute façon, c'est le cas dans toutes les spécialités...

Hélène
3) Pourquoi avoir laissé tomber la spécialité philosophie ? 
J'ai arrêté la spé philo parce que je désespérais de ne pas avoir compris la méthode du commentaire de texte philosophique (désespoir qui a toujours fait rire notre cher professeur : "mais Mademoiselle le commentaire de philosophie c'est très naturaaaaail..."). Par contre en anglais, je me débrouillais et j'y prenais un réel plaisir. De plus, je trouvais ça plus rassurant d'avoir une licence d'anglais en fin de khûbe, plutôt qu'une de philo (none offence...). Je n'ai aucun regret. J'ai adoré le programme de spé philo 2012, je suis très heureuse d'avoir lu Bergson et mon année de spé philo a clairement eu un effet non négligeable sur ma manière d'appréhender la vie aujourd'hui. Mais deux ans, faut pas exagérer. J'ai toujours été plus douée en anglais, mais je ne savais pas jusqu'à cette année qu'il était possible d'être spécialiste sans avoir de LV2 (je crois que c'était la dernière année où ce genre de magouille était encore possible qui plus est...) Je me suis donc convertie avec engouement et aujourd'hui, je sais que j'ai beaucoup plus progressé en commentaire littéraire d'anglais que ce n'aurait été le cas en commentaire de philo et c'est une satisfaction sans pareil, honnêtement. Même si ça peut faire un peu schizophrène.