Je n’ai pas été très présente ces derniers temps sur le blog et je m’en excuse, mais je suis heureuse de vous annoncer que je reprends du service. Bon ça ne sera plus aussi régulier qu’avant, c’est sûr, mais j’ai encore deux trois méthodos sous le coude et deux trois trucs à vous raconter. Yes You Khâgne n’est pas fini. Cependant, cet article relève un peu plus du racontage de vie intempestif, donc si vous voulez bénéficier des conseils d’une khâgneuse désormais avertie, n’hésitez pas à passer directement au dernier paragraphe. Je tiens également à vous mettre en garde dès à présent du caractère pessimiste ascendant vénère de mon récit, donc si vous êtes un khâgneux dépressif, ou si vous khûbez, ne lisez pas, et retournez à votre latin.

 

Je n’ai pas écrit sur ce blog depuis que je vous ai raconté comment s’était passé le concours en juin dernier, pourtant il s’en est passé des choses, et des choses pas cool du tout. Retour en juin dernier, donc. Après l’euphorie d’avoir été sous-admissible, je me suis vite rendu compte que ce pseudo-statut n’avait en réalité d’autre intérêt que de pouvoir éventuellement, devant des personnes qui n’y connaissent rien, se la péter à dire qu’on était dans les 400 premiers, et surtout de nous apprendre à bien fermer notre gueule car il signifie avant tout qu’on n’est pas admissible. Pendant toute ma khâgne et même en hypokhâgne, on nous avait fait miroiter les avantages considérables de la sous-admissibilité : vous serez pris dans tous les masters, vous aurez droit à une double équivalence d’office, et vous serez officiellement reconnu comme intelligent. Personnellement, je n’ai pas été prise dans le master que je convoitais, j’attends toujours ma double équivalence, et je sais pertinemment que je n’aurai jamais mon diplôme de licence.

 

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En effet, c’est seulement à la fin de la prépa que l’on prend conscience du petit défaut de la prépa, qui est savamment occulté par le corps enseignant et l’administration : on n’a pas de diplôme à la sortie. Alors oui, on a une équivalence, c’est génial, n’empêche que je me suis longtemps demandé si je n’aurais pas mieux fait de ne pas khûber et de me barrer à la fac après la L2 comme les gens sensés l’ont fait. Parce que quand on khûbe, et ça on ne le sait pas avant la fin de l’année parce que personne ne nous le dit et tout le monde nous encourage à khûber, et ben on s’assoit sur sa licence, et on est bien loin de la double-licence qui était censée nous tomber toute cuite dans le bec. Après la khûbe on a deux possibilités : soit on retape sa L3 et on perd un an, soit on passe dans un master qui accepte de prendre des étudiants qui n’ont que 120 crédits et on dit adieu à sa licence (on a juste une validation d’études et sur un CV, ça fait sacrément moche).

 

Ensuite, il y a aussi le mirage de la BEL (Banque d’Epreuves Littéraires). Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s’agit d’un système assez récent (2009 ou 2010 je crois) qui consiste à rendre valide un même concours pour plusieurs écoles. Le but étant évidemment de ne passer les épreuves qu’une seule fois tout en tentant sa chance à plusieurs endroits. C’est une idée assez géniale et qui ouvre plein de portes aux étudiants, il faut le reconnaître, mais là encore, ses deux-trois petits désagréments sont passés sous silence. D’abord pour ceux qui voudraient passer les concours pour les écoles de commerce, c’est pas de chance car ils devront passer deux fois chaque épreuve, ce qui est légèrement illogique, puisque cela va l’encontre du but premier de la BEL. Ils ont également trois épreuves supplémentaires, ce qui, évidement, leur rajoute trois cours à suivre par semaine (c’est bien, parce que les emplois du temps des khâgneux ne sont pas assez chargés…). Mais bon, les écoles de commerce, c’est un peu spécial, car les personnes qui les veulent se concentrent bien dessus en général, et délaissent un peu les ENS pour rétablir l’équilibre.

 

Ensuite, en khâgne, il y a les gens qui aimeraient bien faire des études de journalisme. Ils se tournent tout naturellement vers les solutions qu’on leur propose : la BEL évidemment. Peut-être que cela a changé, mais quand j’ai fait mon inscription, il n’y avait aucune école de journalisme dans la BEL (il serait peut-être temps qu’elles se réveillent), je me suis donc rabattue sur le CELSA et les trois IEP qui proposent un master de journalisme. Bien sûr, quand on nous parle de la BEL, on semble nous dire que c’est tellement révolutionnaire que c’est pas grave si on n’a pas l’ENS, parce qu’on est des khâgneux, et qu’on aura forcément une école, quelle qu’elle soit, à la sortie. Or il n’y a que cinq ou six places dans chaque section de Science Po, et elles sont attribuées aux admissibles qui n’ont pas été admis. Et les sous-admissibles peuvent bien aller se faire mettre.

 

Enfin, j’ai voulu déposer un dossier à l’ENS pour intégrer un M1 d’études cinématographiques et audiovisuelles. L’ENS demande un projet de master détaillé et argumenté, bibliographie à l’appui (ce qui est normal) et organise deux sessions d’admission (une en juillet et une en septembre). Comme je voulais absolument avoir la réponse en juillet, afin de savoir avant la rentrée de préférence dans quelle ville je serai pour pouvoir m’organiser, trouver un logement, etc., j’ai passé des nuits blanches sur mon projet pour qu’il soit nickel. Et la veille des résultats de la commission de juillet, l’ENS m’appelle pour me dire qu’il manque un papier et que tant pis. Ce papier manquant était justement ma licence, mais comme mentionné précédemment JE N’AI PAS ma licence. La décision a été reportée en septembre, donc c’était absolument génial, parce que j’allais devoir attendre septembre pour savoir dans quelle ville j’allais être et affronter la crise du logement. En fait, je ne savais même pas quelle matière j’allais étudier, ayant envoyé des dossiers dans d’autres facs en cinéma et en philo.

 

Finalement, l’ENS m’a envoyé promener début septembre malgré mes notes plutôt honorables, et je m’enlisais dans une sombre panique tandis que je multipliais les coups de téléphone inutiles à la fac pour essayer de savoir si j’étais prise en master. La pré-rentrée était censée être le 10 septembre (angoisse grandissante). Le 8, la fac m’a dit que la commission d’admission avait pris du retard et que mon dossier n’avait pas encore été examiné, mais qu’il ne fallait pas trop espérer vu que je n’avais pas ma licence et que ça ne servait à rien que j’aille à la pré-rentrée. Le 9 (donc la veille), vers 19 heures, la fac m’a rappelé pour me dire que finalement, j’étais prise en master et qu’il fallait absolument que j’aille à la réunion de pré-rentrée le lendemain à 10h, sachant que j’habitais à l’époque à 200 kilomètres de Lyon, que bien sûr, c’était la grève des trains précisément ce jour-là, et que je n’avais aucun logement sur place. Bref, j’ai passé un été de rêve.

 

Depuis, les choses se sont tassées, ma colère s’est légèrement calmée même si je reste particulièrement mécontente de l’administration de la fac et de l’ENS qui ont mal fait leur boulot. Vous avez été nombreux à me demander ce que j’étais devenue, je suis donc en Master 1 d’études cinématographiques et audiovisuelles à l’université Lumière Lyon 2 en partenariat avec l’ENS de Lyon. J’ai une dizaine d’heures de cours par semaine, dont 2 heures consacrées à la réalisation d’un documentaire de trois minutes, un dossier ou exposé à réaliser dans les quatre autres matières et un mémoire de 50 pages à rendre à la fin de l’année, échéance que je trouve fort raisonnable. La plupart des cours sont très intéressants, et je ne regrette absolument pas mon choix (j’hésitais avec un master de philo).

 

Pour conclure, chers khâgneux, prévoyez toujours un plan de secours, car si vous n’êtes pas admissible à l’ENS (ce qui est le cas à 97%), ce n’est pas la BEL qui vous sauvera. Ne comptez pas trop sur les IEP ni le CELSA, quasiment aussi sélectifs que les ENS. Concernant les masters, envoyez plusieurs dossiers dans des facs différentes, et essayez de le faire avant la commission de juillet, afin d’éviter d’avoir la réponse de votre admission la veille de la rentrée. Je vous conseille pour cela de réfléchir à un projet de mémoire dès les mois de mai-juin et de ne pas attendre septembre pour vous trouver un directeur de recherche, car avoir un directeur au préalable peut faciliter votre admission dans le master que vous convoitez. Enfin, je vous souhaite bien du courage si vous khûbez, car en plus de ne servir à rien si vous n’intégrez pas à la fin de l’année, vous en serez pénalisés. Sachez néanmoins que je comprends votre frustration, je l’ai vécue, et même si ces trois dernières années se sont révélées globalement enrichissantes, je suis bien contente qu’elles soient derrière moi.