En espérant que cela puisse aider certains khâgneux pour leur concours, ou en tout cas leur éviter de relire tout le bouquin, je vous recopie mon résumé du Paysan Parvenu de Marivaux, rédigé pendant les vacances d'été. Je m'excuse d'avance de mon style paraphrastique, mais je ne prétends en aucun cas ici analyser l'oeuvre ni être exhaustive. Ce ne sont que des notes personnelles uniquement destinées à se remettre la structure du récit et les évènements racontés en mémoire. Et désolée pour les éventuelles coquilles et fautes d'inattention.

 

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Première partie

Le titre de "mémoires" indique que le récit n'est pas centré autour de la vie du personnage principal et narrateur uniquement. Une dimension sociologique et par là, politique, est présente tout au long du roman. Pour respecter ce statut de "mémoires", Marivaux fait débuter son oeuvre par un petit préambule (que je qualifierais d'hypocrite) sur la nécessité d'assumer ses origines sociales afin d'éviter une auto-humiliation et assure que son histoire est véridique. Récit rapide de ses origines et de sa famille : Jacob est fils de fermier, allié à "d'illustres maisons" et de très riches seigneurs. Son frère aîné est marié à une veuve d'aubergiste qui le ruine. Leur deux fils (donc les neveux de Jacob) ont abandonné leur père et sont devenus bourgeois (ils appellent leur père Monsieur). L'auteur souligne lui-même les nombreuses digressions de la diégèse dont il se rend coupable. 

Jacob a dix-huit ans, il est beau ("un je-ne-sais-quoi de franc dans ma physionomie, l'oeil vif qui annonce un peu d'esprit" = il s'impose d'emblée comme personnage qui inspire confiance donc potentiel manipulateur), et travaille pour son père comme conducteur de vin. A dix-neuf ans, il arrive à Paris. Attirance immédiate pour le "grand monde". Il est chaleureusement accueilli dans la maison du seigneur de son père : tout le monde se prend d'affection pour lui. Sa maîtresse est une libertine de la haute société, mais elle est franche, gentille, ronde (la rondeur chez la femme est une qualité fréquente dans les personnages féminins de Marivaux : idée de séduction donc d'appétit donc de consommation), bonne, généreuse, complaisante, aimante. Elle met Jacob au service de son neveu. Jacob prend conscience de son ignorance et l'assume. Mais il est aussi très conscient de ses qualités (éloquence, humour). On sent tout de suite que son charme et son ambition sont ses atouts : "ce paysan deviendra dangereux" (cf. Bel Ami de Maupassant). La maîtresse le présente à ses trois servantes : la blonde (Javotte/Toinette), la brune (Geneviève), et l'autre, sans nom, transparente à ses yeux. Petit coup de coeur instantané pour Geneviève. Son "appétit de fortune" se développe.

Il va voir Geneviève et lui avoue nonchalamment qu'il l'aime (versatilité de ses sentiments amoureux : futur séducteur redoutable). Il est très content de lui. Sa maîtresse le fait habiller : il ne doute plus de son succès à venir. Mais en même temps, il y a une certaine innocence dans son honnêteté et dans sa gratitude envers sa bienfaitrice (et d'ailleurs, elle l'apprécie : "tu es sensible et reconnaissant, cela me fait plaisir"). Jacob n'est pas un requin, il connaît les rouages de l'âme humaine. Il la drague un peu, toujours avec son innoncence qui plaît tant. A partir de ce moment, il n'aime plus autant Geneviève. En revanche, le seigneur a déclaré sa flamme à Geneviève.  Il semble donc un peu jaloux... Le seigneur veut tenter Geneviève avec son argent. Geneviève est un peu cupide et semble intéressée par l'offre. Son refus premier est négociable : le seigneur insiste en renouvellant ses bienfaits. Elle accumule tout l'argent qu'il lui donne mais tombe amoureuse de Jacob (c'est malin !). Elle commence à lui en donner une partie et Jacob se montre particulièrement ironique quand elle se raisonne pour chasser ses scrupules. Il sait qu'il agit mal en acceptant l'argent de Geneviève mais l'appât du gain est plus fort que l'honneur, d'autant qu'il lui permet de s'instruire et garantit sa place dans le beau monde.

Geneviève le demande en mariage en lui montrant tout l'argent qu'elle a acquis pour le forcer à accepter. Jacob craint que le seigneur n'approuve pas cette relation (il soupçonne une aventure entre eux). Le seigneur assure cependant à Jacob que le mariage se fera sous ses auspices et lui propose de leur acheter une maison et de leur procurer encore plus d'argent. Jacob hésite. Il a l'impression d'être tenté par le diable. Dilemme entre honneur et cupidité. Jacob finit par accuser Geneviève d'être volage pour justifier son hésitation. L'insistance du seigneur le fait refuser. Le seigneur décèle les incohérences dans l'attitude et le discours de Jacob (il ne maîtrise pas encore très bien la manipulation...). Le seigneur lui accorde encore 24 heures en le menaçant de le mettre en prison s'il refuse. Jacob dédaigne Geneviève et parle deson dilemme à sa maîtresse qui lui garantit qu'il n'a rien à craindre de son mari. Puis devant les larmes de Geneviève, il l'accuse d'être une hypocrite. Il la fait pleurer. Cela l'attendrit et lui fait honte. Il recommence à l'aimer. Elle lui assure de sa fidélité.

Coup de théâtre : mort du seigneur (apoplexie). Cela résout la question et inconsciemment, Jacob s'en réjouit. Geneviève se fait voler son argent par un valet sournois. Jacob est sincèrement désolé pour sa maîtresse veuve, ruinée, que ses "amis" laissent tomber. Seul Jacbo et la troisième servante lui restent fidèles mais elle les oblige à partir. Il s'en va donc sans dire au revoir à Geneviève. Il reste dans une auberge en attendant de trouver mieux. Il y apprend que sa maîtresse s'est retirée au couvent. Il envisage alors d'aller chercher du travail chez un cuisinier, Maître Jacques, recommandé par son père. Sur le chemin, il rencontre une dame qui s'évanouit. Il l'aide et remarque sa "rondeur" qui la rend plus jeune (Jacob fait régulièrement preuve d'une certaine cruauté concernant l'âge des femmes). Il la devine dévote mais elle résiste à l'aversion que suscitent habituellement les dévotes en lui. Il la raccompagne chez elle, elle le sent honnête, lui la sent bienveillante. Elle se renseigne sur lui, il lui raconte son histoire sur le chemin, et comment il renonça à la fortune pour conserver son honneur (il arrange un peu la vérité). Elle lui propose de travailler chez elle et sa soeur comme domestique.

Description de la soeur : plus dévote et plus avide encore que la première, elle aime le vin et faire bonne chère. Discours de l'aînée qui laisse entendre que la santé, donc la nourriture, est plus  importante que Dieu (super dévotion...) Description de Catherine, la cuisinière, également dévote. Récit de l'origine de l'aversion de Jacob pour les dévôts page 96 : la dévotion (hypocrisie) n'égale pas la piété (sincérité). Catherine lui donne à manger. Il savoure silencieusement. Il fait tout ce qu'il faut pour se faire bien voir (compliments, accepte ce qu'on lui donne, etc.) Il profite de sa ressemblance présumée avec Baptiste, le défunt fiancé de Catherine : "souvenez-vous que je suis un prochain qui ressemble à Baptiste". Insistance prolongée sur le délicieux repas du soir : "petit plat de rôt d'une finesse, d'une cuisson si parfaite". Réflexion sur l'hypocrite inappétence  des dévotes : simuler un dégoût de la nourriture pour se déculpabiliser de la gourmandise réellement ressentie : "leur appétit glouton ne voulait rien perdre". Insistance sur les liqueurs pour "aider à faire la digestion". Puis insistance sur le pathétique exagéré de la prière pour remercier Dieu. Suite de repas : les dévotes critiquent les gens qui vont à l'église mal vêtus.

 

Deuxième partie

Pendant que l'aînée dort, Mlle Haberd appelle Jacob pour lui annoncer qu'elles l'embauchent. Affection et reconnaissance spontanée et sincère de Jacob pour cette femme. Puis apparition du directeur de conscience des deux soeurs, l'abbé Doucin. Le fait de préciser que Jacob ne raille pas cette pratique est une raillerie. Portrait bizarrement plutôt mélioratif du directeur de conscience (ironie ?). Insistance sur le fait que son apparence soignée est involontaire, presque biologique. Présentation rapide de Jacob à l'abbé  puis bavardage entre les deux soeur et le directeur où Jacob préfère sortir. Mais, pris de curiosité, il décide d'écouter aux portes pour savoir ce qu'on dirait de lui. L'abbé change de mine : on comprend que la première description était en fait destinée à montrer son hypocrisie latente. La sentence de l'abbé tombe : il désapprouve l'embauche. Mlle Haberd, déjà séduite par Jacob, s'emporte pour le défendre. La grande soeur est d'accord avec l'abbé. Entraîne une rivalité implicite entre les deux soeurs. Insistance de l'abbé sur l'égalité de l'attention qu'il leur porte. Jalousie de l'aînée qui se sent délaissée mais qui refuse de l'admettre (caractère enfantin qui ressort à plusieurs reprises).

Puis l'abbé explique pourquoi il désapprouve : 1) c'est agir contre la prudence humaine.
2) Sa tête ne lui revient pas.
3) Risque de vol, viol voire meurtre.
En fait, il a surtout peur que les deux soeur ne tombent amoureuses de lui. L'aînée se soumet à Doucin sans problème. La cadette croit à un complot, elle ne comprend pas : explosion de sa rancoeur envers sa soeur. Elle refuse de demander à Jacob de partir, ce qui aboutit à la séparation spirituelle des deux soeurs (l'aînée préfère son salut que sa soeur) puis à leur séparation physique (déménagement imminent). On sent la préférence que Doucin porte à la cadette et donc sa déception.

Jacob redescend avec Catherine. Elle lui apprend que les disputes des deux soeurs sont fréquentes. Nouvelle insistance sur la quelité de la nourriture dont il profite toujours au cas où. L'abbé vient lui parler et lui recommande de partir en l'amadouant avec des compliments hypocrites sur sa physionomie. Jacob n'est pas dupe, n'hésite pas à le remettre à sa place et à lui faire honte sur son jugement hâtif. L'abbé ne sait que répondre et se sauve. Catherine revient avec la décision de Mlle Haberd de déménager et l'espoir de les suivre, elle et Jacob. Insistance très lourde de Catherine mais Jacob et Mlle Haberd ne veulent vivre que tous les deux. Sans lui donner de réponse, Mlle Haberd et Jacobpartent en quête d'une maison. Sur le chemin, Jacob commence à tomber amoureux d'elle. Il lui fait de nombreux compliments et commence même à la draguer. Mlle Haberd est clairement sou le charme : dialogue page 126. Ils discutent de leur famille et origines sociales. Ils sont en fait tous les deux issus d'une famille de paysans et l'assument également. Il commence à suggérer un mariage en déplorant le fait qu'elle n'ait pas de lignée... Ils trouvent une maison à louer, ils font la connaissance de la propriétaire, une grosse commère bavarde et stupide (même si pleine de bonnes intentions), Madame d'Alain, et de sa fille Agathe. Entretien futile qui ennuie beaucoup Jacob.

Sur le chemin du retour, ils établissent la nouvelle identité de Jacob, Monsieur de la Vallée, cousin de Mlle Haberd. Puis il suggère de manière beaucoup plus directe qu'ils pourraient se marier. Une fois rentrés,Catherine retourne sa veste et harcèle Mlle Haberd. Ils l'ignorent et préparent à deux leur déménagement. Quand Catherine comprend que son exclusion est définitive, elle fait tout pour retarder leur départ. Mais ils partent quand même dès que possible.

Premier repas chez Madame d'Alain, leur hôtesse. Jacob se réjouit de son avenir souriant. Ses sentiments pour Mlle Haberd sont confus : il ne différencie pas l'amour de la simple reconnaissance. Première description d'Agathe, très différente de Madame d'Alain sa mère, et un peu sournoise.  Jacob se sert de son esprit et, son physique aidant, il charme tout le monde, et Mlle Haberd l'aime de plus en plus. Il cherche donc l'option la plus rentable pour ses affaires. Puis Mlle Haberd fait part à Jacob de ses doutes sur sa sincérité. Devant son affliction, ni elle, ni le lecteur ne doutent plus des bons sentiments de Jacob. Il a l'art de savoir se défendre (il se dupe lui-même). Mlle Haberd en profite pour lui avouer qu'elle l'aime. Il lui assure qu'il n'est pas intéressé par son argent. Elle lui ouvre son coeur et lui avoue son coup de foudre.

Retour sur leur première rencontre fortuite et la bonté du hasard. Il est l'homme de sa vie. C'est elle qui le demande en mariage. A sa demande, il écrit à son père pour lui demander son consentement. Ils choisissent madame d'Alain comme témoin sans se douter à quel point elle est bavarde... Toujours un peu jalouse, Mlle Haberd demande à Jacob de repousser les avances d'Agathe, qu'elle n'aime pas. Elle se montre imprudente dans son excès de prudence qui en fait attise la curiosité. Madame d'Alain est étonnée mais approuve le mariage et promet de s'occuper de tout (elle a le mérite de ne pas les juger sur leur différence d'âge). Discours prolixe sur son âge à elle et sur leur avenir, ce qui énerve le couple. Agathe a deviné le "secret". Entrevue avec le notaire pour dresser un contrat (Mlle Haberd lui donne tout ce qu'elle possède). Puis arrivée de la lettre du père de Jacob qui consent au mariage. Les noces sont prévues dans la nuit du lendemain.

Coup de théâtre arrivés à la paroisse : le prêtre qui doit les marier est l'abbé Doucin. Grand silence. Moment d'embarras et de gêne palpable. Agathe en profite pour narguer Mlle Haberd page 163. Doucin préfère s'en aller (c'est la deuxième fois qu'il fuit devant Jacob). Madame d'Alain commence à étaler leur histoire d'amour précoce devant tout le monde au grand dam de Mlle Haberd. Ils se mettent à table mais Madame d'Alain a jeté un froid en déclarant les origines sociales de Jacob. Le témoin, ami de Madame d'Alain, se sent offensé se dîner au même rang qu'un valet. Jacob se défend et lui répond effrontément. Le témoin en profite pour lui envoyer une réplique cinglante sur sa condition puis il s'en va.

 

Troisième partie

Finalement tous les témoins s'en vont et renoncent à la bonne chère à regret, malgré l'insistance de Madame d'Alain qui reproche à Jacob d'être la cause de leur départ. Mlle Haberd se plaint alors du manque de discrétion de leur hôtesse page 169. Madame d'Alain s'excuse, elle ne se rendait pas compte (insistance sur la versatilité du personnage). Dans son discours, trait inattendu de sa part : méfiance envers la cupidité des dévôts. Puis elle jure que le mariage aura lieu. Ils commencent à manger. Marivaux souligne l'hypocrisie d'Agathe qui fait semblant d'être affligée. Nouvelle insistance sur la faim de Jacob qui s'arrange pour faire un festin sans en avoir l'air. Fin du repas : Mlle Haberd fait part de ses inquiétudes à propos de sa soeur à Jacob, qui la rassure sur son amour plus fort que tout (niaiserie presque satirique). Mlle Haberd le prie alors de s'en aller car elle a peur de "faiblir" avant le mariage. Jacob prie Dieu : "je me couchai fort content de ma dévotion".

Au réveil, Cathos, la cuisinière, apprend à Jacob que quelqu'un veut lui parler. Il s'agit d'un valet (forte insistance sur sa condition de serviteur qui n'assume pas trop). Il vient de la part du président (magistrat de Paris) qui veut lui parler. Mlle Haberd veut suivre car elle soupçonne un coup de son aînée. Le valet refuse. Elle s'oppose alors au départ de Jacob. Jacob refuse. Mlle Haberd finit par se soumettre et lui donne de l'argent (à part). Il part. Arrivé dans la maison du président, tous les domestiques l'attendent et le commentent favorablement à son passage, sauf une vieille gouvernante qui est rapidement moquée des autres. 

Sont présents : le président, sa femme (qui a une physionomie qui traduit sa bonté), trois assistants, l'aînée de Mlle Haberd, l'abbé Doucin et Madame de Ferval (décrite comme "veuve de 50 ans bien faite"). Colère de l'aînée. Critique de la "bile" des dévôts : leur fiel. Légère insistance sur son art de la modestie et de la simplicité tout en restant dans un registre soutenu. Offense injustifiée de l'aînée sur sa condition de valet. La présidente prend immédiatement sa défense. Dispute futile sur l'âge de Mlle Haberd (il semble qu'elle ait menti sur son âge...) mais ce n'est pas la question. L'aînée insiste alors sur la honte que ce mariage jetterait sur sa famille. Le président promet alors que le mariage n'aura pas lieu. Pendant ce temps, Jacob s'attire visuellement les faveurs des deux femmes (la présidente et Madame de Ferval) par des échanges de regards, en laissant son charme naturel opérer sans même y penser.

Puis Jacob commence sa défense, fort bien développée, et qui fait passer, l'air de rien, l'aînée pour une folle et une menteuse. Il retourne habilement ses propres arguments contre elle. Il explique sans honte la nature de ses origines sociales, qui sont les mêmes que celles des soeurs. Argument imparable. Puis il fait le récit de leur rencontre, en zappant les détails inutiles : discours elliptique qui rend les deux amants encore plus innocents. Tout le monde est convaincu, sauf l'aînée. L'aînée part digne, vaincue, méprisée de tous pour avoir voulu nuire à un si honnête jeune homme. Madame de Ferval prend alors pour prétexte d'écrire à Mlle Haberd pour pouvoi parler à Jacob en tête-à-tête.

Jeu d'essayage de plumes auquel se prête Jacob. Elle lui dit qu'elle le trouve beau et lui assure qu'il peut compter sur elle. Elle lui promet de lui fournir des relations (il réalise quel pouvoir il a de plaire systématiquement aux femmes). Elle lui demande s'il est vraiment amoureux de Mlle Haberd. Il ment et répond que non pour ne pas se la mettre à dos. Il la remercie. Elle écrit la lettre. Elle lui redemande s'il est amoureux. Il noie le poisson. On sent que son amour varie en fonction de ses intérêts page 198. Portrait moral de Madame de Ferval : on sent toute la perspicacité de Jacob qui sait lire au plus profond des âmes pour y trouver des secrets enfouis que les gens ignorent eux-mêmes. 

Coup de théâtre : en sortant, il se fait bousculer par un assassin qui perd son épée. L'assassin s'enfuit et Jacob se fait enfermer dans une allée. Il ramasse l'épée et réussit à ouvrir la porte devant toute la populace, alors que tout le désigne comme coupable. Il se fait arrêter, emmener sur les lieux du crime. La victime le reconnaît innocent mais, soupçonné de complicité, il est quand même incarcéré. Il paie le geôlier pour faire porter la lettre de Madame de Ferval à Mlle Haberd. Il demande aussi du vin qu'il doit payer très cher car il n'a pas de monnaie. Il attend trois heures avant l'arrivée de Mlle Haberd. Il lui raconte son histoire, affirme son innocence. On va chercher le criminel pour témoigner. Nouvelle insistance sur le pouvoir de la bonne nourriture : "on ne saurait être bien triste pendant que l'estomac digère".

Interrogatoire. Le criminel avoue. Puis récit de la cause du double meurtre (crime passionnel). Madame de Ferval vient le chercher à sa sortie de prison afin que tout le monde sache bien qu'il est en fait innocent et que sa mésaventure ne nuise pas à sa réputation. Passage triomphal devant l'aînée de Mlle Haberd et l'abbé Doucin déconcertés, humiliés (car ils s'étaient réjouis de son emprisonnement). Madame d'Alain le harcèle et veut savoi tous les détails à son arrivée.

Ellipse. Il est deux heures du matin : mariage ! Admiration devant l'amour de sa femme. Puissance d'un amour libéré après 30 ans de dévotion. Nouvelle dévotion de type païenne cette fois envers Jacob. Dès le lendemain, le couple décide de se faire financiers pour parveniir. Ellele pistonne pour qu'il travaille chez un avocat (pour s'instruire). Madame d'Alain lui vend la robe de chambre de son défunt mari. Nouvelle fois, insistance sur la faculte qu'il a de rappeler aux gens les personnes qu'ils ont aimées. Mlle Haberd lui achète un habit de soie rouge, un ceinturon, des bas, un chapeau, une chemise, une perruque. Madame de la Vallée invite son mari à aller voir Madame de Ferval. Insistance sur la naïveté et la sincérité de la femme en opposition au désir de plaire et à la falsification des sentiments du mari.

 

Quatrième partie

Jacob se rend chez Madame de Ferval. Première description sensuelle de sa jambe et de son pied. Elle le trouve très beau dans son nouvel habit. Elle lui avoue son amour et lui demande de l'aimer aussi. Il a peur de l'aimer plus qu'il ne convient à un homme marié. Mais il lui avoue aussi son amour. Il la charme, la complimente (on dirait deux ados). Elle craint qu'ils ne soient surpris par la femme de chambre. Elle lui fait promettre de garder le secret de leur amour coupable. Elle suggère qu'ils se rencontrent à l'avenir dans la maison d'une vieille amie veuve, Madame Remy, en entrant chacun par une porte différente. Elle lui donne de l'argent pour payer le trajet : il se sent mi-flatté, mi-humilié. Elle le met en garde de ne pas abuser d'elle : elle semble vouloir un amour platonique.

Arrivée de Madame de Fécour (franche, cordiale, grasse, agréable, jolie). Portrait flatteur de sa personnalité très sympathique page 240. Les deux femmes discutent. Pour se donner une contenance, Jacob prend du tabac. Madame de Fécour en prend aussi. Puis Madame de Ferval lui apprend qu'il vient de se marier. Jacob se sent honteux car ses vraies origines sociales se trouvent ainsi révélées, et Madame Ferval rougit de sa bavardise car c'est avouer qu'elle le connaît bien. Mais éloge de Madamde de la Vallée et des fermiers en général. Madame de Fécour accepte joyeusement de recommander Jacob à son beau-frère, Monsieur de Fécour. Elle part, emmène Jacob avec elle et le mène dans son cabinet.

Madame de Fécour écrit à Monsieur de Fécour. Page 247 : de nouveau allusion à son talent inné pour faire que les gens voient en lui un être cher qu'ils ont perdu. Il prend congé tout fier de lui : "un jeune rustre qui dans le seul espace de deux jours est devenu le mari d'une fille riche et l'amant de deux femmes de condition". "Je devins méconnaissable tant j'acquis d'éducation et d'expérience".

Il rentre. Dîner avec Madame d'Alain, Agathe et les témoins. Il rentre dans la peau de son nouveau personnage et se montre "aimable et caressant" avec eux et avec sa femme. Après le repas, le couple se couche (Madame de la Vallée était impatiente...) Il lui raconte sa journée. Elle l'écoute à peine. 

Le lendemain, il se rend à Versailles. Dans la voiture, il fait la connaissance d'un officier, d'un plaideur et de Crébillon fils. Il les écoute sans parler pour ne pas trahir ses origines sociales. Détail de la conversation pages 253 à 262. Puis on demande à Jacob pourquoi il va à Versailles. Il répond qu'il va "demander un emploi à quelqu'un qui est dans les affaires". Puis critique sévère argumentée de l'officier contre le livre de Crébillon. Marivaux règle ses comptes habilement, sans nommer personne et prend sa propre défense par la bouche de l'officier. Page 266 : reprise normale de la diégèse.

Jacob se rend chez Monsieur de Fécour. Personnage un peu hautain, il écoute Jacob sans lever les yeux de la lettre qu'il écrivait. Jacob se sent ridicule, il est observé par la compagnie de Monsieur de Fécour qui semble le mépriser. Le souvenir de cette humiliation est si cuisant que ses mémoires se veulent didactiques page 268. Monsieur de Fécour accepte cependant de le "placer" en se moquant un peu de lui au passage. Arrive alors une femme accompagnée de sa mère qui vient demander à Monsieur de Fécour de ne pas licencier son mari, toujours malade. Monsieur de Fécour semble insensible. Jacob, touché par cette femme, dit qu'il préfère attendre que de prendre la place du mari de cette femme et de causer le malheur d'une famille. Monsieur de Fécour se moque. Jacob et la femme prennent congé.

Un gros homme de la compagnie de Monsieur de Fécour, Monsieur Bono, vient alors pour les inviter, Jacob et la femme, à venir le voir dans une auberge le soir. La mère de la femme invite donc Jacob à dîner. La femme lui plaît beaucoup et il sent qu'elle lui est reconnaissante. Il parvient fort bien à présent à cacher ses origines sociales dans son discours. Il se force à garder son masque de jeune homme honnête et respectueux. Après le repas, il vont retrouver Monsieur Bono à l'auberge. Il s'informe sur le mari de la femme, son âge, ses malheurs, sa santé. Puis il fait l'éloge de l'honnêteté de Jacob, de la femme et de sa mère. Et il promet à Jacob de lui fournir un autre emploi si Monsieur de Fécour ne le fait pas. Puis il demande des détails des malheurs du mari et l'histoire de sa famille.

La femme raconte qu'elle est fille d'un gentilhomme. Son mari aussi est gentilhomme. Au début, elle voulait épouser un bourgeois, mais le bourgeois s'est enfui un jour qu'elle se fit attaquer par un loup, tandis que le gentilhomme, lui, s'est battu pour la défendre. Le mari a été mordu par l'animal enragé. Légère ironie de Marivaux page 288 dans le style franc et constatatif de Monsieur Bono "votre mari était excellent pour tuer des loups" afin de rompre avec la niaiserie du topo. Le mari était riche mais il a perdu sa fortune dans un procès. Puis Monsieur Bono demande à Jacob qui il est. Jacob répond la vérité sans honte mais évite quand même les mots qui fâchent, du genre "paysan". Puis Monsieur Bono prend congé. Jacob raccompagne les deux dames et part chez Madame Remy.

 

Cinquième partie

Jacob arrive en retard chez Madame Remy. Madame Remy et Madame de Ferval l'attendent avec impatience. Leur hôtesse les laisse seuls pour parler tranquillement et les enferme dans une chambre. Jacob drague Madame de Ferval et lui raconte un peu le début de ses aventures à Versailles. Elle l'incite à être raisonnable car il se montre plutôt entreprenant... Espoir du lecteur qui monte, attendant de voir si elle va céder ou non à ses avances... Il refuse de lui raconter tout ce qu'il a fait à Versailles et oriente la conversation sur le thème de leur amour. 

Tout à coup la porte s'ouvre et ils sont surpris par un homme (beau, 35 ans) qui, en voyant Madame de Ferval, se rend compte de sa méprise. Madame Remy annonce que Jacob est le neveu de Madame de Ferval pour le défaire de tout soupçon d'écart de conduite. Stratagème qui aurait pu marcher si l'homme en question n'avait pas reconnu Jacob comme le laquais de sa vie d'avant (humiliation de Jacob). L'homme avoue alors son faible pour Madame de Ferval, tout en sous-entendant que Jacob et elle sont amoureux aussi. Jacob, tout honteux d'avoir été reconnu dans sa condition sociale qu'il cherche à masquer, sait que les apparences sont contre eux. La confusion de Madame de Ferval n'arrange rien. Elle se met à pleurer. Jacob en profite pour prendre congé en niant bien leur relation amoureuse. Il se venge au passage en appelant l'autre "Mons Pierre, serviteur de Mons Nicolas".

Puis, de colère, il s'énerve contre Madame Remy et lui fait des reproches. Elle se défend fort honnêtement. Il est toujours vexé d'avoir été bassement rappelé à ses origines sociales dans un moment aussi important. Page 294 : petite description sympa de la manière dont il conçoit l'amour. Jacob a peur que l'homme ne tire profit de la situation pour soutirer des faveurs à Madame de Ferval. Il paie alors Madame Remy pour occuper un cabinet en attendant qu'il s'en aille, de manière à les écouter. Madame de Ferval est en train d'expliquer à l'homme sa honte et le malheureux concours de circonstances qui est la cause de ses pleurs. L'homme lui garantit son honnêteté, sa discrétion et son silence (il semble sincère, il a l'air très amoureux d'elle). Il est même un peu blessé de la méfiance de Madame de Ferval.

Il lui demande cependant d'avoir "quelques retours pour lui". Dans un premier temps, elle refuse de lui accorder ces fameux retours. Elle remonte un peu dans l'estime de Jacob. Mais l'homme exige avant tout qu'elle soit honnête et qu'elle le lui dise si l'amour qu'il éprouve pour elle n'est pas partagé. Elle hésite, il essaie de la déculpabiliser. Elle reste méfiante, elle a peur pour sa réputation. Elle lui avoue alors qu'il lui est arrivé de le fuir (ce qui sous-entend qu'elle l'aime mais qu'elle ne voulait pas risquer de pécher). Avant d'avouer la réciprocité de son amour, elle le taxe d'inconstance afin d'être sûre de ses sentiments à lui. Elle finit par avouer après moult soupirs. Jacob est exaspéré. Il pousse un cri de colère involontaire qui démasque sa cachette. Il se sauve alors pour éviter un nouvel affrontement (grande lâcheté qui est blâmée plus tard et reconnue comme un signe de non-noblesse). Justification minable de son geste page 305. Il méprise Madame de Ferval mais son infidélité l'a rendu jaloux ! Magnifique témoignage de sa mauvaise foi page 306.

Il décide alors d'aller voir Madame de Fécour. Il la trouve gravement malade, alitée, avec sa soeur à son chevet qui lui fait la lecture. Cette soeur est associée à la soeur de Mlle Haberd. Description assez cruelle de sa laideur. Mais Jacob prend congé assez rapidement car la malade est souffrante. Constatation consternée de l'inconstance du monde page 309. Nouveau témoignage de mauvaise foi qui les descend en flèche toutes les deux. Eloge de Madame de la Vallée qui agit bien selon sa volonté, mais il semble que ce soit par cette soumission naïve qu'elle perd de son charme... Il se complaît à relater les éloges qu'on fait de lui (notamment Madame d'Alain). Il se complaît également à raconter combien il plaît à Agathe et tout ce qu'elle fait pour essayer de le séduire. Récit de sa vie de couple tranquille et banale avec sa femme et annonce anticipée de la mort de Madame de la Vallée. Il s'extasie de tout ce qu'il a acquis au cours de sa métémorphose sociale. Puis il part à Versailles pour son rendez-vous avec Monsieur Bono.

Mais sur le chemin, il voit un jeune homme de son âge, le comte d'Orsan se battre contre trois hommes qui avaient "la lâcheté de l'attaquer ensemble". Sans hésiter il vole à son secours (action intéressée? A-t-il vraiment bon coeur ?) Une fois la bataille remportée, Madame d'Orville, qui habite juste là, les accueille dans sa maison car le comte d'Orsan est blessé. On fait venir un chirurgien. Jacob est très content de lui et perçoit un annoblissement social par son action. Mais il apprend pages 318-320 que l'habit ne fait pas le moine et que la noblesse se porte dans les traits et l'attitude (comme Monsieur d'orville). Le comte d'Orsan blessé, noble lui aussi, lui témoigne une vive reconnaissance de l'avoir aidé et même sauvé, au péril de sa propre vie. Jacob et le comte d'Orsan prennent alors congé. Jacob explique un peu mieux qui est le comte d'Orsan et pourquoi leur rencontre est le fondement de sa fortune. Le comte d'orsan est le neveu du premier ministre, donc issu d'une famille très noble. Sur le chemin, le comte d'Orsan lui raconte l'origine de sa querelle pages 323 à 327 et 329 à 330. Nouvelle insistance sur l'importance de l'habit et du paraître et en même temps, Jacob regrette son ignorance en matière d'usages, ce qui montre bien que l'habit ne trompe pas. 

Ils se rendent à la Comédie. A de nombreuses reprises, Jacob déplore son manque d'éducation. Il ne sait pas comment se comporter dans un milieu vraiment noble. Ils se présentent l'un à l'autre et, de nouveau, Jacob prend bien soin de rester discret sur ses origines sociales. Le comte d'Orsan a désormais une dette envers lui, il lui promet de faire sa fortune. Le roman se termine à la Comédie, lieu où ses vraies origines sociales lui reviennent en pleine figure et où il sent bien qu'il ne sera jamais noble. Page 332 : aveu de sa dissimulation, en contradiction totale avec l'incipit des mémoires où il recommande d'assumer ses origines sociales. Pour la première fois, dans la pleine reconnaissance de l'humiliation qu'il subit, dévalorisation entérinée de lui-même.