J'ai fini par publier cet article que j'écris et que je retouche depuis déjà plusieurs mois sur l'absentéisme ou le vice du khâgneux. En effet, il s'agit d'un fléau aux conséquences grandissantes et si, au collège et au lycée il reste relativement bénin, il devient dramatique lorsqu'on se prétend membre d'une élite française et qu'on aspire à intégrer de grandes écoles. Même si je ne suis pas contre l'idée de sécher occasionnellement les cours comme en atteste cet article, je ne pense pas que le déni de sa propre flemmardise soit le remède à une exigence qui nous concerne tous, car on sait très bien à quoi s'attendre avant d'entrer en khâgne, et à plus forte raison si l'on khûbe.

 

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Puisqu'une fois de plus, je m'apprête à critiquer une catégorie d'élèves qui m'agace en m'exposant aux remontrances et aux protestations de mes lecteurs, je définis un peu plus clairement ce que j'entends par absentéisme. Suis-je une sainte, à votre avis ? Comme tout le monde, il m'arrive de merder, que ce soit parce que j'ai oublié mes clefs (vécu !), parce que je me suis trompée de liste de vocabulaire à apprendre (vécu aussi !) ou parce que j'étais réellement malade. Sauf que voilà, il existe dans le phénomène de l'absentéisme une pente perverse qui pousse une minorité d'élèves à s'écouter copieusement. A mon avis, manquer les cours une fois par mois n'a pas des conséquences très lourdes et peut amplement se comprendre. Mais à partir du moment où cela devient plus fréquent, genre plus d'une fois par semaine, cela me semble inadmissible en khâgne. La khâgne, c'est quand même pas si terrible.

 

En quoi peut-on qualifier l'absentéisme de vice et même de fléau (au cas où vous trouveriez mes termes trop durs) ? Parce qu'il est souvent le résultat d'une immense imposture d'autant plus tragique qu'elle est majoritairement méconnue. Manquer plusieurs journées de cours d'affilée en khâgne me semble impossible, même en cas de maladie. Soit on loupe une matinée parce qu'on ne se sent pas bien mais on prend un cachet et on se force à bouger l'après-midi (ou le lendemain). Soit on ne se sent pas bien en cours et on préfère partir pour se soigner et mieux réattaquer. Ce n'est nullement une incitation à vous ruiner la santé : aller en cours enrhumé ou fatigué n'a rien d'un martyre, parce que figurez-vous qu'on y survit. A moins d'avoir 40 de fièvre, d'être pris de vomissements chroniques ou autres symptômes insurmontables (migraines, etc) qui sont certes intenses mais passagers, je ne vois aucune excuse valable pour ne pas aller en cours. Tout le monde est fatigué, tout le monde peut être plus ou moins dans son assiette. Il y a juste des gens plus courageux que d'autres.

 

C'est cela que je trouve le plus condamnable dans l'absentéisme, finalement. C'est cette hiérarchie des réactions. Nous avons tous des petits soucis et des petits bobos, sauf que certains, dans leur flemmardise extrême qui dissimule en fait un réel égoïsme, se croient dispensés d'assumer leurs engagements, autrement dit sont au-dessus des lois. Parfois c'est inconscient, et parfois non. Dans tous les cas, c'est un manque de respect d'une part envers les professeurs, qui eux, font le déplacement et, sauf circonstance exceptionnelle, sont toujours infailliblement à leur poste pour assumer des cours généralement d'une grande qualité en prépa ; et d'autre part envers les khâmarades qui font le choix de venir et d'accomplir pleinement leur condition de khâgneux en mettant de côté leur petit confort perso.


J'entends déjà vos commentaires indifférents aux accents moralisateurs qui m'exaspèrent d'avance : si les autres décident de sécher, ça les regarde, ce n'est pas mon problème, ils font ce qu'il veulent. Sauf qu'il y a quand même un petit décalage entre les personnes qui sèchent occasionnellement quand cela s'impose et les personnes qui se rendent coupables d'un absentéisme routinier. Un petit décalage qu'on pourrait même qualifier d'injustice fondamentale dans la mesure où une partie de la classe décide de s'exempter elle-même, de manière totalement illégitime, des contraintes qui lui incombent. Donc si, c'est mon problème, et non putain, ils ne font pas ce qu'ils veulent.


En choisissant d'aller en khâgne, nous avons tous pris une décision qui nous engageait pour l'année, nous avons communément choisi de jouer le jeu, en nous soumettant aux mêmes règles. Aller en cours, aux khôlles, aux DS, aux concours, en faisant de son mieux même si on ne vise pas l'ENS, pour tester ses capacités, se construire soi-même dans le dépassement de ses limites : c'est peut-être utopique mais concrêtement, c'est ce à quoi sert la prépa. Si on prétend s'affranchir des inconvénients qu'elle implique nécessairement, alors on n'a rien à faire en khâgne. Il est véritablement consternant de voir à quel point, de nos jours, l'absentéisme s'est popularisé et reste impuni. Il n'existe aucune sanction réelle contre l'absentéisme car en établir serait entériner d'autres formes d'injustice. Et l'inéquité perdure. Tout le monde aura son équivalence à la fin de l'année. 

 

Alors si les professeurs compatissent devant l'incommensurable lot de malheurs qui vous empêche à votre plus grand regret d'aller en cours, il est évident que leur éventuelle naïveté n'est que passagère. Si vous pratiquez assidûment l'absentéisme, avec la bénédiction de vos parents, grand bien vous fasse, ce n'est pourtant pas un service que vous vous rendez.