Au début j'avais intitulé cet article Les fiches, je m'en fiche ! puis Les fiches, vous savez où je vous les fiche ! parce que je me disais qu'après tout, chacun a ses petites faiblesses et que je ne peux pas tout le temps être au top niveau tournures stylistiques. Mais avec le recul, je me suis dit : ouais, nan. Et j'ai remis un titre fichtrement conventionnel pour ne pas faire tâche par rapport aux autres articles bien propres, bien toujours-pareils, bien chiants. Ainsi donc, vous disais-je je ne sais plus trop à quel endroit dans les abysses de ce blog dédaléen, les fiches ne servent à rien, nous prennent tout notre temps et pour couronner leur ignominieuse inutilité, elles nous défoncent la colonne vertébrale. Les profs semblent bizarrement considérer comme fait bien établi que, parce que nous sommes khâgneux, nous fichons obligatoirement tout ce que nous lisons. N'importe quoi. 

 

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Pourquoi les fiches ne servent à rien

J'ai un scoop pour vous, chers khâgneux excités de la fiche. Espérer apprendre quoi que ce soit en le paraphrasant de manière synthétique sur un petit bout de carton coloré est une idée reçue. Recopier n'a rien de formateur pour l'esprit, c'est une besogne abrutissante et stérile. Donc si vous voulez apprendre votre cours, il ne faut pas se dire "ah ben oui mais c'est mal écrit, on voit pas les idées, tout sera plus clair et plus synthétique sur une fiche". C'est une fausse bonne idée parce que vous allez passer trois heures à recopier joliment votre cours et à l'agrémenter de petites fioritures en en laissant la moitié de côté parce que vous le jugerez trop prolixe (et pour ça, je ne peux pas vous donner tort) et au bout du compte, vous n'aurez plus envie de bosser vraiment. D'où la nécessité d'attaquer la lecture attentive et instruite de votre cours directement. Si vous ne savez pas faire, apprenez à apprendre votre cours en cliquant là. Et surtout, d'où la nécessité de prendre des notes spontanément organisées, bien écrites et synthétiques. Pour la méthode de la prise de notes, cliquez là.

 

D'autre part, toutes les fiches de philo et d'histoire (je vois mal comment on peut ficher d'autres matières, honnêtement) que j'ai eu l'occasion de produire (erreur de jeunesse) sont certes très belles, mais ne m'ont jamais resservi. Ben ouais, la fiche, elle ne développe pas aussi bien que le cours, donc j'ai toujours fini par revenir à la source, ou du moins ce que j'ai gardé comme trace écrite de la vraie source, qui est le prof. Avec les fiches, la transmission est donc doublement indirecte. Si vous ne relisez que vos fiches, vous ne retenez que la moitié des infos et je rappelle que c'est la précision et la qualité du développement qui est notée au concours, et non pas la quantité et la variété des idées. En plus, faire des fiches, c'est hyper fastidieux. Au bout d'un moment on se lasse, on en a marre de perdre son temps, on fiche mécaniquement, donc on ne fait même plus attention de comprendre ce que l'on écrit, et elles ne deviennent que de médiocres synthèses.

 

Dans quels cas les fiches peuvent servir à quelque chose

Pourtant, je ne crache pas sur certains types de fichage qui peuvent être à la fois très instructifs et très rentables. Je parle de rentabilité car il faut garder à l'esprit que l'aspect chronophage de l'activité n'est pas amoindri par son degré de productivité. Je vais donc vous expliquer dans quels cas il peut être intéressant de ficher. Le premier cas est l'étude de texte (ou de poème ou d'extrait filmique en fonction des matières). Le deuxième cas est le résumé d'oeuvre (notamment des oeuvres du programme ou d'autres oeuvres philosophiques ou théoriques). Le troisième cas est l'extrait d'oeuvre. Dans tous les cas on remarque que la fiche est destinée non pas à rendre un cours plus clair visuellement, mais au contraire à l'exploiter intellectuellement en vue de le réutiliser. La fiche n'est donc pas une sinécure, c'est un véritable travail de réflexion et dans ces cas-là, le fichage peut se révéler très formateur. Si vous vous ennuyez en fichant, c'est que votre fichage ne sert à rien. Il est évident qu'il vaut mieux relire ses fiches avant chaque DS pour se les remettre en mémoire, mais il ne faut pas les fabriquer juste avant le DS, car vous prenez du temps sur les révisions à proprement parler, qui elles, sont essentielles.

 

Comment ficher intelligemment ?

Premier cas : les études ciblées. Pour la méthode de l'analyse d'un poème cliquez ici et pour celle d'un extrait filmique cliquez là. Le but est donc de choisir des extraits d'oeuvres en fonction de vos goûts, c'est sûr, mais surtout en fonction de ce que vous pourrez réutiliser, car le but principal de la fiche est de nourrir vos copies d'exemples personnels, développés et originaux. Sur un format A4 ou A5 au choix, sur une feuille bristol ou non, délicatement teintée ou tristement blanche, quadrillée ou majestueusement unie, notez en gros le titre de l'oeuvre, son auteur et sa date. Puis par points ou tirets, notez les idées en les rédigeant. Ne négligez pas les descriptions et les références précises, car si vous fichez, c'est parce que vous ne reviendrez plus sur l'oeuvre elle-même en question par la suite, et c'est en cela que la fiche vous fait gagner du temps.

 

Deuxième cas : l'étude plus générale. Je résume des oeuvres entières pour ne plus y revenir après. Si vous voulez savoir à quoi servent les résumés d'oeuvre, cliquez là et si vous ne savez pas faire un résumé d'oeuvre intégral cliquez ici. En une dizaine de pages manuscrites, je peux me remettre en mémoire 350 pages dactylographiées grâce aux exemples que je choisis de développer en fonction des axes du programme, à la description nécessaire du déroulement de l'action et aux citations qui me rappellent le style de l'écrivain et la saveur particulière d'un passage. Pas besoin que le résumé soit exhaustif du moment qu'il est intelligent.

 

Troisième cas : l'étude d'oeuvres théoriques. Je choisis certains chapitres d'oeuvres philosophiques, ou extraits, ou éventuellement l'oeuvre entière si elle est courte. J'ai ainsi des sources très précises de textes assez courts qui me reviennent en mémoire très facilement. Je note une à une toutes les idées agrémentées de quelques exemples choisis parmi ceux de l'auteur d'une autre couleur. Je peux ainsi me les approprier pour les réutiliser avec mes propres arguments dans mes dissertations, eux-mêmes soutenus par l'argumentation de l'auteur. Cette méthode permet de varier ses exemples et ses sources, que ce soit en histoire, en littérature ou en philosophie. Contrairement à ce que peuvent dire certains profs, se constituer ainsi sa propre batterie d'exemples et d'idées permet de vous entraîner à les développer, à la compléter et à les maîtriser sur l'année. Réutiliser toujours les mêmes exemples n'est absolument pas condamnable, vos profs savent que vous n'avez pas le temps de renouveller tout votre stock d'exemples à chaque DS (et puis quoi encore ?) Et le jury de l'ENS n'est pas censé savoir comment vous avez appris ce que vous savez...

 

Une alternative aux fiches

Pour certains cours très denses et qui nécessitent un supplément de culture par ailleurs, comme l'histoire, la philo, la littérature, il existe une méthode assez sympathique qui peut remplacer le fichage. A la base c'était l'idée de ma pote Juju en hypokhâgne qui consistait à tracer un encradré en bas de chaque feuille de cours et d'y inscrire en rouge les éléments principaux à retenir, ou les dates-clés, ou les grandes idées, etc. Ca permet d'avoir tout le cours sous les yeux et en même temps une synthèse du cours. Donc si on a envie de réviser vite fait cinq minutes avant le DS, on peut ne relire que les bas de page qui constituent l'essentiel des informations. Cette technique présente l'avantage non négligeable de pouvoir se réaliser  au fur et à mesure du cours et donc de gagner beaucoup de temps. 

 

Par la suite, j'ai un peu adapté cette technique à mes buts qui ont changé par rapport à l'hypokhâgne. Maintenant, je trace plutôt une marge à gauche de la page (il n'y a pas de marge pré-dessinée sur les cahiers à petits carreaux) de 5-6 centimètres et j'y inscris en violet les informations complémentaires au cours. C'est-à-dire que je souligne dans le cours les éléments évoqués par le prof qui sont flous ou qui m'ont intéressée et je vais les approfondir en notant le résultat de mes recherches synthétisé dans la marge. L'avantage, une fois de plus, c'est que tout est sur le même support. On peut se reporter au cours si l'on en a besoin, mais également à la synthèse en bas de page si on veut juste se remettre en tête les dates importantes, et aux infos complémentaires de la marge si on veut développer un exemple personnel et original, que l'on retiendra d'autant mieux qu'on est allé le chercher soi-même.