Je tiens à préciser que je ne suis vraiment pas une experte en la matière, mais, au bout de deux ans de khôlles régulières (une par matière par trimestre, ce qui donne environ une khôlle par semaine si on les étale) j'ai fait pas mal de progrès, c'est pourquoi je me permets d'écrire sur le sujet. Je vais donc vous donner quelques conseils pour vous aider à gérer vos khôlles au mieux, même si je n'ai malheureusement jamais eu l'occasion de passer un oral de l'ENS. En revanche, si vous-mêmes habitez en région parisienne, n'hésitez pas à aller assister aux oraux de la rue d'Ulm qui sont publics, où vous pouvez discuter avec  de nombreux khâgneux très sympas qui peuvent partager leur expérience. C'est très instructif et enrichissant si vous savez en tirer parti. 

 

Tout d'abord, la plannification de vos khôlles n'est pas à réaliser à la légère, car il faut l'ajuster de manière à ce qu'elles tombent lorsque vous n'êtes pas débordés de boulot. C'est souvent un casse-tête de choisir une date et une heure, et cela dépend des profs car vous n'avez pas toujours le choix. Dans mon lycée mes profs sont plutôt sympas et préfèrent nous donner la priorité pour choisir les horaires qui nous conviennent le plus (ou plutôt, qui nous dérangent le moins). Lorsque vous vous trouvez en possession du khôlloscope, n'hésitez pas à prendre votre temps pour trouver l'horaire le mieux adapté. Par exemple, je n'aime pas passer en khôlle directement après les cours, mais je n'aime pas non plus rentrer trop tard donc quand je le peux, je cale mes khôlles une demi-heure ou une heure après la fin des cours pour avoir le temps de réviser et de me ressourcer. En effet, même si les khôlles sont des épreuves fréquentes auxquelles ont s'habitue, elles restent des épreuves, et nécessitent une préparation. Révisez plutôt le jour-même ou la veille.

 

Cette prépation est d'abord psychologique : il faut se mettre dans l'esprit du concours. Pour cela, ayez confiance en vous (oui, plus facile à dire qu'à faire, mais ça vient petit à petit). Gardez en tête que si vous êtes en prépa, c'est parce qu'on vous destine plus ou moins à être prof, donc pendant votre khôlle, essayez de voir l'examinateur (qui n'est pas toujours un prof que vous connaissez...) comme un élève à qui vous faites un cours construit, compréhensible et éclairé. Cela à pour effet de vous revaloriser. Quel que soit le sujet, essayez de le traiter de la manière la plus complète et argumentée possible, comme si vous alliez faire votre cours dessus. Autre chose importante, essayez de ne pas perdre le contact visuel, il est très important pour la personne qui vous écoute de sentir que vous cherchez vraiment à la convaincre. 

 

La préparation est également mentale : vous devez avoir des connaissances préalables sur le sujet que vous allez traiter. Le problème c'est que vous ne pouvez pas savoir à l'avance sur quoi vous allez tomber, donc une bonne culture dans toutes les matières et un apprentissage régulier du cours est nécessaire pour ne pas être pris au dépourvu lors de vos khôlles. Vous allez me dire que ces oraux n'ont rien d'officiel et que vous pouvez tricher (ouvrir votre cours pendant votre préparation). Certes, mais la triche (auquel j'ai régulièrement recours) doit rester une méthode d'appoint, seulement pour vérifier et ajouter à la fin de votre préparation quelques infos que vous savez mais que le stress vous a faites oublier. Aller en khôlle d'histoire par exemple sans jamais avoir ni appris ni même lu son cours de l'année en s'imaginant qu'on pourra s'en sortir en trichant est suicidaire. Un cours doit être bien su pour que les idées viennent vite. Donc un travail cohérent entre les matières et entre les différents types d'épreuves est de rigueur en khâgne. La préparation d'une khôlle se joue sur l'année. Si vous n'avez jamais rien foutu, vous ne pouvez pas vous dire "tiens je vais tout miser sur ma khôlle de philo, je vais y aller au talent". Du moins, évitez de vous dire cela, car cela ne vous apportera rien de bon de raisonner ainsi (dans le meilleur des cas, vous aurez juste l'air arrogant et prétentieux).

 

La préparation est aussi chronométrée : vous avez une heure (ou une heure et demie en cinéma par exemple) vous préparer une introduction cohérente et problématisée, un plan argumentatif en deux ou trois parties et comprenant des sous-parties elles-mêmes hiérarchisées et une conclusion. Il est évident que c'est peu de temps pour réaliser un travail considérable donc il faut éviter de rêver et se concentrer tout de suite. Choisissez vite le sujet. Sur une première feuille, notez vite vos idées (une ébauche de plan doit déjà plus ou moins s'esquisser en les notant : regroupez-les, ulisez des couleurs si ça peut vous aider) pendant 5-10 minutes. Puis prenez une autre feuille que vous divisez en deux ou en trois selon votre nombre de parties et donnez-leur des titres (qui vous viennent à l'esprit, n'y passez pas trop de temps). Puis dans chaque partie, notez par points les grandes idées. Ne rédigez pas de phrases, sinon vous ne regarderez pas votre interlocuteur, ce qui est sévèrement sanctionné. Puis pour chaque idée, cherchez un exemple que vous maîtrisez déjà, et que vous êtes à-mêmes d'expliquer sans regarder vos notes. Il vous reste un quart d'heure. Au dos, rédigez le début de votre intro (présentation générale qui fait rapidement la transition vers le coeur du sujet) et votre problématique. J'aime bien formuler ma problématique en deux questions, elle est plus claire. Pas besoin de rédigez le plan. Vous énoncerez le titre de vos grande parties à l'oral. Concluez en une ou deux phrases et gardez-vous un peu de temps pour retravailler le titre de vos grandes parties si besoin.

 

Pendant l'oral lui-même, pensez à bien regarder votre interlocuteur avant de commencer, pendant que vous parlez et quand vous avez fini. Essayez de ne pas perdre le fil de ce que vous dites, sinon c'est foutu. Et si cela arrive quand même, respirez un coup, et reprenez tranquillement là vous vous en étiez arrêté. Ne parlez pas vite. Parlez fort, avec des phrases construites. Utilisez plein de synonymes pour mieux faire comprendre des idées. A l'oral vous risquez moins de sembler relou qu'à l'écrit. Utilisez des connecteurs logiques aussi, c'est efficace et appuie bien votre enchaînement. Si besoin, ajoutez-les dans votre brouillon. Quand vous expliquez un exemple ou développez l'idée d'un auteur, commencez par décrire en quelques phrases le contexte. Nul besoin de vous rappeler de bien surveiller l'heure (intro : 3-4 minutes environ, 5-6 minutes par partie, puis conclusion très rapide qui reprend les idées de chaque partie et les articule avec des connecteurs logiques). Essayez d'avoir l'air d'avoir bel et bien une opinion (ne tombez pas dans le défaut d'un plan trop dialectique) mais n'oubliez jamais de nuancer vos propos et les propos des auteurs que vous citez.

 

Petite astuce : préparez à l'avance certains exemples qui reviennent souvent et qui peuvent s'appliquer dans beaucoup de matières. Par exemple, j'utilise très souvent le philosophe qui marche sur une poutre au-dessus d'un ravin dans Les Pensées de Pascal. Certains livres d'ailleurs sont remplis d'exemples réutilisables, comme les propos d'Alain. Pendant les questions, prenez bien votre temps avant de répondre, réfléchissez. Vous en avez le droit, et c'est même plutôt bien vu, cela prouve que vous ne foncez pas tête baissée et que vous êtes capables de fournir une réponse édifiée, et en plus, vous êtes gagnant, car plus vous répondez lentement, moins vous aurez de questions. Si vous sentez que vous ne pourrez pas défendre votre bifteck sur une question, ne perdez pas de temps au contraire, et expédiez-la au plus vite. Mieux vaut faire preuve d'honnêteté en avouant son ignorance si vraiment vous ne connaissez pas la réponse et passer au plus vite aux questions prochaines pour essayer de marquer des points à un autre endroit.