Vous avez sans doute déjà remarqué qu'une dissertation en khâgne, ça ne s'improvise pas. C'est pourquoi il est nécessaire d'avoir une méthodologie solide qui ne vous demande pas un effort intense de remémorisation de ce que vous avez à faire à chaque fois. La méthodologie est un aspect trivial du travail khâgnal. On a tendance à le négliger parce qu'on croit qu'on connaît super bien les bases acquises en hypokhâgne. Cependant, il est nécessaire, afin de jeter les fondements d'un travail plus consistant. Vous avez sans doute déjà acquis des automatismes, par exemple pour l'enchaînement de ce que vous avez à faire (écrire les idées, problématiser, construire un plan, rédiger l'intro et la conclu, etc...) qui font partie de votre méthode de travail. Mais pour être fort en dissertation, il ne suffit pas d'avoir appris par coeur un enchaînement d'actions à exécuter. L'enchaînement de ce que vous devez faire pour bâtir votre dissertation vous est propre, car votre dissertation est originale, et il ne tient qu'à vous de découvrir, de construire et d'améliorer votre méthode. Je vous donne donc quelques conseils, mais j'émets la réserve selon laquelle si ces conseils fonctionnent pour moi, cela ne veut pas dire que vous devez révolutionner intégralement votre manière de procéder. Vous pouvez vous inspirez, si vous en voyez l'occasion, mais essayez toujours de faire des compromis dans votre méthode de travail.

 

Chaque fois que l'on vous rend une dissertation, relisez-la, c'est le minimum. Vous verrez que vous apprendrez beaucoup en pratiquant cet exercice de relecture, bien plus utile qu'on ne le croit. Déjà, il est gratifiant, car on a tendance (c'est vérifié !) à reconnaitre nos coups de génie après-coup et non en les écrivant. Vous vous êtes surement déjà dit en vous relisant "C'est moi qui ai écrit ça ? Mais je ne pensais pas être aussi intelligent, voilà qui est fort bien tourné !" Quand vous relisez, tenez compte des remarques des profs, surtout celles en marge (ce sont les plus grosses erreurs qui leur sautent aux yeux et qu'ils font remarquer en premier) et corrigez-vous rapidement. Par exemple, au début de ma khâgne, je terminais mes paragraphes sur la fin de l'explication de l'exemple en considérant que j'avais déjà suffisamment argumenté quand j'avais développé l'idée au début du paragraphe. Et après plusieurs remarques de plusieurs profs, j'ai compris qu'à la fin de l'exemple il fallait revenir sur l'argumentation en la reliant au sujet pour conclure le paragraphe (et en plus, cela rajoute deux-trois lignes à chaque paragraphes sans demander trop d'efforts). Donc relisez bien vos copies, chaque copie et dans toutes les matières. Essayez aussi de lire d'autres copies, surtout celles des meilleurs élèves de votre promo et notamment des khûbes, qui savent un peu mieux que les khârrés ce qu'ils font. Apprenez de leurs erreurs, et inspirez-vous de leur savoir et de leur expérience. Piquez-leur leurs exemples, mêmes. En tout cas, notez au moins les ouvrages que les autres citent, surtout si vous ne les connaissez pas déjà et cherchez-en le résumé. Rappelez-vous de toujours vous enrichir du travail des autres. La khâgne, c'est bien parce que c'est à la fois individuel et collectif. 

 

Mon deuxième conseil méthodologique est de faire des fiches palpables (donc pas sur votre ordi, mais manuscrites ou imprimées) sur des oeuvres que vous avez lues. Elles vous reviennent en mémoire en quelques minutes comme cela. Il faut au moins le faire avec toutes les oeuvres du programme. Cliquez ici si vous ne savez pas comment préparer les oeuvres au programmes de manière à ne pas les oublier pendant l'année. Lorsque, dans une oeuvre, vous repérez un passage qui ferait un très bon exemple dans tel ou tel thème qui vous vient à l'esprit (et certains thèmes sont récurrents car les axes du programme ne sont pas toujours très variés), soulignez-le, puis notez-le de manière argumentative et en relation avec des idées parallèles dans votre cahier à exemples. Toujours ressortir les mêmes exemples n'est pas un défaut, surtout s'ils sont bien reformulés de manière à s'adapter au sujet de la dissertation et s'ils sont originaux. Maîtrisez d'abord les oeuvres au programme avant d'aller voir ailleurs, quand même. Dans vos dissertes, ressortez toujours les oeuvres au programme au moins une fois chacune. Pour le reste de la disserte, pensez aux ouvrages théoriques (littérature, anglais, cinéma...) et aux avis d'historiens (histoire, philosophie, cinéma, etc.). On a tous des ouvrages théoriques préférés. Il est bien d'en avoir 2 ou 3 d'en chaque matière, qu'on ressort toujours. Par exemple, moi, en littérature, je m'arrange toujours pour caser En lisant en écrivant de Julien Gracq, il est très pratique, et plein de citations savoureuses, et Comme un roman de Daniel Pennac (surtout pour les sujets sur la lecture, très fréquents et sur l'éducation en philo). Je fais aussi des "fiches-mouvements" en littérature (Parnasse, burlesque, surréalisme, etc...) et en philo (scepticisme, dogmatisme, stoïcisme, etc...). En histoire, je fais plutôt des chronologies. Tout cela tient sur des petites feuilles bristol de format A5. C'est très mignon, et très pratique surtout. 

 

Voilà à quoi ressemble le déroulement des étapes pour réaliser une bonne dissertation de 6h. En fait, elle dure bien plus que 6h car sa préparation peut débuter des semaines auparavant. On maîtrise d'abord le cours, puis toutes les infos originales et personnelles qu'on a cherchées soi-même à propos du cours et qui nous fournissent des exemples qu'on retient plus facilement. La veille de la dissertation, on relit son cours pour l'avoir bien en tête. On relit ses résumés d'oeuvre (au programme ou non) pour les avoir bien en tête. On ne commence pas à faire des fiches la veille, ce serait idiot. On apprend par coeur une dizaine de citations dont 4-5 toujours applicables à n'importe quel sujet. On réapprend de préférence les mêmes à chaque DS en en ajoutant une ou deux à chaque fois. On relit les conseils méthodologiques du prof s'il nous en a donnés et on relit ses copies précédentes. On va se coucher tôt. En arrivant devant sa copie blanche, le matin à 8h on ne panique pas et on se remémore les conseils suivants de manière à bien les garder à l'esprit tout au long de la disserte :
- Répondre au sujet et rien qu'au sujet.
- Argumenter et expliquer comme si on cherchait à enseigner.
- Répondre à sa problématique.

 

Le brouillon
Première feuille de brouillon : idées en vrac (cette étape dure pour moi 20 à 30 minutes). Puis début de problématisation. Deuxième feuille de brouillon : séparation de la feuille en trois parties, classement des idées, titres aux grandes parties en rouge. Puis on remplit ces grandes parties avec les grandes idées des sous-parties en vert et en bleu les exemples. Troisième feuille de brouillon : rédiger intégralement intro et conlusion (tous les profs conseillent de le faire, au début je n'y arrivais pas, mais quand j'ai commencé à mesurer à quel point une conclusion rédigée à l'avance est belle, bien tournée, suffisamment longue et répond parfaitement au sujet, je l'ai fait et je vous le recommande également, c'est un immense soulagement à la fin de la troisième partie et une sécurité incommensurable).

 

La dissertation
Phrase d'accroche qui est généralement une citation (1-2 lignes). En littérature j'avais un prof qui nous mettait -1 si on commençait notre disserte par une citation mais je l'ai fait au concours et j'ai eu 10 (c'est pas génial mais c'est correct) donc à vous de voir. Puis transition entre la citation et le sujet (3-4 lignes) Puis introduction du sujet qui fait transition vers la problématique (5-6 lignes). Arrangez-vous pour caser à ce moment le sujet ou des bribes de sujet s'il est long. Problématique en deux questions pour plus de clarté (4-5 lignes) : elle doit comporter beaucoup de détails et soulever un vrai problème. Annonce du plan qui ne reprend les intitulés que de vos grandes parties (2-3 lignes par partie). Saut de lignes. Développement : pour chaque partie, annonce du plan de la partie qui reprend les intitulés de chaque sous-partie (sous forme de question ou non). Chaque intitulé de sous partie (1-2 lignes) constitue une phrase et commence par un lien logique suivant le schéma "Oui, Mais, Donc". Chaque développement de sous-partie constitue un paragraphe. Il y en a 3 ou 4 par partie. Chaque paragraphe commence par une intro (1-2 lignes) qui reprend les termes du sujet. Puis développement de l'idée, argumentation (10-15 lignes). Puis exemple, situation de l'exemple dans son contexte, explication de l'exemple (10-15 lignes). Petite conclusion qui rattache l'exemple à l'idée puis au sujet (2-3 lignes). Dans une dissertation de 6h, il est impératif de faire un plan en trois parties (au moins), sinon vous serez sous-notés et les profs qui disent le contraire sont bien naïfs. Ne jamais terminer une partie sur la dernière ligne d'une page. Arrangez vous pour meubler un peu, peu importe, mais si vous terminez votre partie pile poil en fin de feuille, vous ne pouvez pas sauter de ligne entre votre partie et la partie suivante et votre plan n'est plus visible d'emblée pour l'oeil du correcteur. Puis conclusion de votre dissertation qui comprend un bilan rapide et une petite ouverture, qui n'ouvre pas sur un autre sujet mais qui donne plutôt l'avis d'un auteur sur le sujet d'une manière plus globable.