Comme vous le savez, je suis une khûbe pleine de solitude et de nostalgie, c'est pourquoi je tente désespérément de m'intégrer dans cette classe de requins de nouveaux khâgneux sympathiques mais distants. Malheureusement, il se trouve que je suis bien la seule dans cette entreprise intrépide, puisque mes khûpagnons s'estiment suffisamment intégrés, ou plutôt n'estiment pas avoir besoin de s'intégrer. Ou sont déjà bien intégrés, c'est selon. Sauf que voyez-vous, moi, si je vois les autres tous potes et qui travaillent ensemble, quand je suis moi-même noyée dans ma sinistre solitude et déprimée à souhait, je n'arrive pas à travailler. Mon intégration parmi les khârrés est donc CRUCIALE. C'est pourquoi j'envisageais l'intégration des hypokhâgneux un peu comme ma propre intégration, le bizutage en moins. Et comme je sens que ma vie vous intéresse, je vais vous la raconter.

 

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Je fus donc, à ma grande surprise et à mon grand dam, la seule khûbe de mon année à me pointer à l'intégration ! (Je précise que nous sommes dix à khûber cette année, et une seule sur dix, c'est donc pas énorme). Je me suis donc sentie un peu perdue pour plusieurs raisons : la première, c'est franchement, à l'échelle khâgnale en général, ce fut une drôle d'intégration, avec de drôles d'hypokhâgneux. Je ne voudrais pas avoir l'air d'une mamie nostalgique du temps perdu, mais bon, quand même, les valeurs, ce n'est plus ce que c'était. Les khâgneux étaient déchaînés. Déjà soûls ou défoncés (alors qu'on n'avait pas encore commencé la soirée), ils n'écoutaient même pas ce qu'on leur disait. Evidemment, certains sont sûrement sympas et respectueux, mais là, globablement, ils avaient l'air dissipés et... difficiles à gérer. L'année dernière, les hypokhâgneux nous voyaient comme des messies, des gens supérieurs et intelligents, à écouter et à respecter, et bien que je trouvasse cela fort exagéré, c'était quand même beaucoup plus gratifiant. Mais peut-être ne me suis-je pas assez investie, trop préoccupée par ma propre intégration, sale égoïste que je suis.

 

C'est en partie pour cela que j'ai eu très peur que cette soirée devienne vite insupportable, d'autant que je ne connaissais pas trop les khâgneux (et encore moins les hypokhâgneux du coup...) Mais rapidement, les khâgneux organisateurs de la soirée se sont débrouillés pour que les hypokhâgneux partent, avec pour mission d'échanger des bouts de photocopies du Bailly contre ce que les passants voudraient bien leur donner. Après leur départ, ce fut tout de suite beaucoup plus calme, et donc, à mon soulagement, j'ai pu m'intégrer tranquillement. Et devinez quoi, j'ai énormément sympathisé, parlé et rigolé avec mes deux filleules de l'année dernière, celles que le destin m'avait désignées pour ma première khâgne. Sans rentrer dans les détails, ce sont vraiment deux filles géniales, que j'adore. Globalement, mon intégration a donc bien marché.

 

Puis nous avons attendu que les hypokhâgneux reviennent, et pendant ce temps, nous avons préparé le breuvage (dégueulasse) nécessaire au baptême khâgnal, issu du génie machiavélique de notre déléguée : chicorée et jus d'orange. C'est tout simplement infect, et nous étions ravis de pouvoir nous venger un peu. Les hypokhâgneux sont revenus. On leur a (très bien) chanté le VARA TIBI KHAGNA VARAAA CELEBRAT GLORIAAAAM puisqu'on venait de le réviser, on leur a fait boire le jus d'orange à la chicorée, puis on les a aspergés d'eau et de farine. Ensuite, les parrains/marraines furent désignés, et à ma grande déception, j'ai écopé cette année de deux filleuls mâles. L'un est assez sympa et m'a fait rire (il a adoré l'amalgame chicorée jus d'orange), l'autre est très sympa aussi mais surtout très wesh wesh et ça fait vraiment bizarre d'entendre une personne censée représenter l'élite de la langue française finir toutes ses phrases par "la vie de moi !" avec un fort accent racaille. Je ne pense cependant pas me lier d'amitié avec eux cette année. Non pas que je n'en aie pas envie, au contraire puisque je milite activement pour le développement des relations parrains/filleuls en prépa, mais cette année j'ai vraiment pas le temps.


Je sais qu'il y eut par la suite une chasse au Gaffiot qui s'est conclue par un after dans un bar, mais il faisait froid, j'en avais un peu marre, j'étais pas franchement motivée par mes nouveaux filleuls, et j'ai préféré aller rejoindre mon lover. Pour conclure donc, je tire un sentiment globalement positif de cette intégration qui fut surtout mon intégration parmi les khâgneux. Et concernant ma pseudo déception filleuliale, je me dis que de toutes façons, mes deux ex-filleules sont super cool et que je suis déjà amie avec elles. Du coup, c'est plus par flemme si je n'envisage pas de tout recommencer avec mes deux nouveaux filleuls. Dans l'ensemble, lors de l'intégration, on rigole bien, ça fait toujours de bonnes petites soirées. BOIRESANZO et à la prochaine !