Même si j'ai eu quelques bonnes surprises, Lamartine ne m'a globalement pas vraiment donné d'orgasme littéraire. Il m'a surtout ennuyé, car, comme je m'y attendais, ce genre de poésie n'est vraiment pas mon truc. Y'a des gens dans ma classe qui militent pour Lamartine et son talent, et je trouve cela admirable car c'est une noble entreprise que de défendre une pièce maîtresse d'un patrimoine culturel en voie de perdition, et d'ailleurs notre prof de littérature s'illustre particulièrement en la matière, mais il n'empêche qu'en lisant Les Méditations poétiques, bah je me suis fait chier. Et si vous me dites que pas vous, alors j'exigerai une preuve formelle et une argumentation détaillée. 

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L'autre raison pour laquelle je déteste Lamartine, c'est parce qu'il est un odieux personnage complètement imbu de lui-même au tempérament proprement insupportable, et par principe, j'exècre tous les gens qui s'adorent un peu trop, morts ou non, talentueux ou non. Je ne vais donc pas trop développer, non pas que je refuse de l'analyser au même titre que les autres auteurs du programme sous prétexte que j'ai des a prioris sur lui, mais simplement parce qu'il existe déjà une opinion qui résume parfaitement ce que je pense de Lamartine : celle de Julien Gracq dans ses Carnets du grand chemin (je remercie d'ailleurs ma prof de littérature qui nous a fourni ce texte car je pense qu'il va bien me dépanner dans la plupart de mes dissertes).

 

La poésie de Lamartine, c'est avant tout un flux. Ca coule et ca ruisselle, ça déborde de sentiments qui s'épanchent sans modération, et c'en est purement écoeurant. Après avoir lu plusieurs poèmes des Méditations à la suite, on se sent encore imprégné de son style dégoulinant et on se surprend soi-même à entendre des vers silencieux qui traduisent un emportement complètement vain, uniquement parce qu'il est joli, harmonieux et rythmé. Comme un air qui rentre dans la tête. Comme une chanson populaire commerciale qui reprend des accords déjà bien connus pour remporter l'adhésion des masses. Cela n'empêche en rien le talent, ça veut juste dire que c'est entêtant. C'est ce que Gracq appelle le "bourdonnement poétique". C'est léger et pesant en même temps. Léger parce qu'on ne peut nier la beauté des vers. Pesant parce qu'au bout d'un moment, on aimerait bien passer à autre chose.

 

Gracq (et j'adore ce passage) pousse le vice à accuser Lamartine de ne devoir son succès qu'à la conjoncture culturelle et sociale de son époque. Je n'étais pas là, donc je n'en sais rien, c'est peut-être vrai, mais peut-être aussi que ce n'est pas vrai, je ne me permets pas d'en juger, mais je vous fais quand même profiter de l'opinion de Julien Gracq à cet égard, car il l'exprime en des termes qui me semblent délicieusement choisis. On devrait tenir compte plus qu'on ne le fait de l'alternance de ces booms inflationnistes, créateurs de célébrités usurpées, où le public absorbe avec avidité tout ce qui se publie de conforme à son expectative encore balbutiante. En gros, au temps de Lamartine, la demande excédait largement l'offre en matière de poésie insupportable, contrairement au temps des vrais poètes symbolistes Baudelaire, Verlaine, Lautréamont, Rimbaud et Mallarmé, qui eux, n'ont pas eu de pot : tout le monde était déjà rassasié.

 

Cependant, après l'avoir bien déboîté, Julien Gracq procède à un très court éloge d'un vers de Lamartine, qui peut condenser son oeuvre : Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne. J'ai été un peu déçue parce que jusque là j'étais vraiment du même avis que lui à propos du fait que parmi le déluge de lyrisme qui nous assaille pendant la lecture des Méditations, il arrive quelquefois que l'on soit tout à coup profondément touché par un minuscule extrait (genre un vers ou deux), et effectivement, ces moments-là sont intenses et particulièrement révélateurs du génie tout de même avéré de Lamartine. C'est ce qu'il m'est arrivé ici. Mais du coup, j'ai été déçue parce que c'est vraiment pas LE vers que j'aurais choisi pour illustrer ce phénomène frappant. Il explique en quoi ce vers est si parfait, évidemment. Mais moi, ce vers, je le trouve d'une banalité lamartinienne consternante. C'est justement dans les moments d'imperfection de Lamartine que Lamartine me touche parce que c'est là qu'il semble le plus sincère. Mais ça, en revanche, ce n'est que mon humble avis.