Je viens de la passer, c'est tout frais dans mon esprit, j'ai eu une note potable (13), c'est donc le moment où je peux le mieux vous en parler. La khôlle de cinéma fait partie de ces khôlles "cool" où y'a rien (ou presque) à réviser. Il suffit juste d'avoir son petit bagage perso (batterie d'exemples polyvalents recasables dans toutes les matières ou les références principales du programme, le cinéma soviétique des années 20 en l'occurrence). J'ai eu la chance de me battre pendant deux heures sur un extrait trépidant de La Fin de Saint-Pétersbourg de Poudovkine.



Ne pas bien avoir appris son cours est un avantage, figurez-vous, car nous ne sommes pas tentés de plaquer des connaissances vaguement en rapport avec l'extrait à commenter et finalement de faire un exposé du cours studieusement appris par coeur. Donc quand vous arrivez avec votre feuille blanche et votre extrait de 3 à 5 minutes à commenter, oubliez ce que vous savez et concentrez-vous sur l'image et juste l'image. Uniquement l'image. Rien d'autre que l'image. La démarche est la suivante : proposer une analyse et interprétation cohérente de l'extrait et seulement de l'extrait en respectant son mouvement. Privilégiez une analyse linéaire qui se concentre vraiment sur les procédés cinématographiques et la manière dont ils servent la construction dramatique.

 

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Comment réussir sa khôlle de cinéma ?

1) Visionner l'extrait et rédiger rapidement quelques phrases d'introduction qui le résument. C'est à ce moment qu'on peut évoquer le contexte historique. Le prof m'a reproché de n'avoir pas fait allusion au fait que La fin de Saint-Pétersbourg avait été réalisé en 1927 au moment de l'anniversaire de la Révolution russe.

2) Dégager le mouvement de l'extrait sur lequel reposera chacune des parties : l'ouvrier à la recherche de justice arrive dans le bureau de ses patrons, puis la tension monte et ils se battent, enfin les forces de l'ordre interviennent pour un retour provisoire à la paix.

3) Revisionner l'extrait : en fonction des procédés utilisés, bâtir une problématique. Une problématique en cinéma se construit de la manière suivante : 
       - Vous prenez la signification principale du passage : l'affrontement de deux forces contraires.
       - Vous prenez un procédé cinématographique général : un langage visuel symbolique et dualiste.
       - Vous articulez les deux avec un verbe du type : traduire, influencer, retranscrire, représenter, symboliser, exprimer, souligner, etc.
       - Vous rajoutez "en quoi" devant.
Exemple de ma problématique, validée par le professeur : en quoi l'affrontement de deux forces contraires traduit-il un langage visuel symbolique et dualiste ?

4) Trouver le plan : vous résumez ce qu'il se passe dans chaque partie : l'arrivée retardée du personnage symbole de rébellion dans un environnement hostile dominé par l'aliénation. Vous trouvez une interprétation en rapport avec votre problématique : Poudovkine souligne ironiquement la duplicité des personnages dominants. Et vous articulez les deux. Exemple de ma première partie : l'arrivée retardée du personnage symbole de rébellion dans un environnement hostile dominé par l'aliénation est ironiquement soulignée par Poudovkine dans la duplicité des personnages dominants.

5) Dans chaque partie, vous procédez de manière linéaire, c'est-à-dire que vous n'avez pas besoin de trouver des idées pour les illustrer ensuite. Vous analysez ce que vous voyez et c'est après que l'idée apparaît. Par exemple, vous voyez une accélération dans le montage entre les plongées, les contre-plongées et les raccords regards qui produit une impression de mouvement. Vous décrivez avec précision ce phénomène en accentuant le fait paradoxal que la caméra reste fixe et vous dégagez de là l'idée suivante : cette accélération de l'image produit une décélération de la diégèse. Il s'agit donc d'un moment de tension très fort dans une scène d'action où le temps est suspendu et annonce le drame. Pour chaque partie, sélectionnez avec soin un mini-extrait de l'extrait (15-20 secondes) que vous développerez un peu plus (il faut que ce soit un passage sur lequel vous ayez plein de choses à dire.

6) Si vous remarquez des phénomènes qui vous frappent, mais que vous ne savez pas comment les interpréter ou que votre interprétation vous semble fumeuse, n'en parlez pas. C'est ce qui m'a plus ou moins nui, car j'ai remarqué dans cet extrait un faux raccord vraiment bizarre et très intriguant, mais je n'ai pas su le mettre en rapport avec ma problématique, et j'ai perdu du temps (à la fin le prof m'a expliqué que c'était sans doute une erreur de montage car Poudovkine n'avait que 24 ans).

7) Si vous le pouvez, en conclusion, comparez la technique cinématographique de votre réalisateur avec un autre réalisateur, ce que je n'ai pas fait. Par exemple, le patron est un personnage plein d'ironie et cette ironie dégouline progressivement de son visage au moment où il sourit, ce qui laisse transparaître sa duplicité. Or, Eisenstein ne filme que des types et ils les oppose de manière violente : un personnage passe du sourire aux larmes en une seconde. J'étais donc censée voir ici l'héritage de Koulechov qui fut le maître de Poudovkine. Autre exemple : l'accélération du mouvement était une imitation du montage américain et donc l'héritage de Griffith.

8) Quand vous ne savez pas quoi dire, cherchez et analysez les procédés suivants :
          - les alternances de plan (champ/contre-champ)
          - les plongées et contre-plongées (le placement de la caméra en général)
          - les raccords
          - les ombres et les couleurs (souvent révélatrices des personnages)
          - les travellings et le mouvement/la fixité de la caméra
          - le jeu des acteurs (révélateur de la volonté de l'auteur)
          - les échelles de plan 
          - éventuellement la bande-son 
          - la force symbolique des objets