Cela peut sembler un sujet périphérique puisqu'il n'est pas indispensable que ce soit le grand amour entre vous et vos profs pour que votre année de khâgne soit une réussite, étant donné que la correction de vos copies au concours est anonyme. En revanche, ce sont eux qui vous accordent ou non votre équivalence, qui vous mettent de bonnes ou de mauvaises appréciations sur vos bulletins (composante essentielle de votre dossier qui vous suivra toute votre vie) et enfin, ce sont eux que vous cotoyez tous les jours, qui vous lisent, qui vous instruisent, qui vous écoutent. Partir du principe que, de toute façon, ce ne sont que des profs, que dans deux ans vous ne les verrez plus et que vous pouvez donc les ignorer est, à mon avis, un très mauvais calcul.

 

Il est nécessaire de se faire bien voir des profs pour de multiples raisons : les inciter à prendre votre défense en cas de litige au moment de l'attribution des équivalences, les pousser à se montrer indulgents dans leurs appréciations même si les notes restent impartiales (on sous-estime toujours l'importance des appréciations), pouvoir leur poser toutes vos questions sans vous sentir méprisé, gagner la reconnaissance et l'estime de personnes supérieures qui sans cela auront tendance à vous prendre pour des moutons et ainsi, faire vos preuves et vos armes. En effet, les profs ne sont pas là uniquement pour vous faire cours et corriger vos copies (c'est l'avantage de la prépa sur la fac : vous n'avez pas de cours magistraux qui peuvent être dans les premières années d'une impersonnalité et d'une froideur scandaleuses). Ils peuvent vous aider, vous soutenir et surtout, sont des interlocuteurs avertis et instruits avec qui vous apprenez à dialoguer, donc à vous affirmer (non je ne fais pas l'apologie de la maïeutique moderne, mais honnêtement, y'a un peu de ça quand on défend ses points de vue en philo ou en litté).

 

Malheureusement, se faire bien voir des profs est un art complexe car son risque naturel est sa tendance au léchage de bottes, aussi appelé cirage de pompes voire lèche-cultisme ou lèche-boulisme. Attention, un point de grammaire qui n'est qu'un rappel mais qui n'est pas sans importance : on dit lèche-boulisme, lèche-bouliste, mais lécher les boules et non pas lèche-bouler. Certains profs en sont friands, mais pour la plupart ce n'est pas le cas, et je les comprends, car il doit être exaspérant d'avoir affaire à des lèche-bottes qui se croient constamment dans Question pour un champion (ce qui est heureusement un phénomène en voie de disparition, parce que contrairement à ce que l'on croit, en prépa, on n'est pas forcément fier de sa culture au point d'en faire un copieux étalage, et on n'a pas toujours envie d'écraser les autres par notre savoir éclatant).

 

030

 

Comment lutter, alors, lorsque notre propre culture et/ou intelligence est éclipsée soit par notre retenue naturelle, voire une timidité maladive, ou encore par les "intellos" de la classe (qui ont la chance d'avoir toujours un truc pertinent à dire et surtout le courage de ne pas s'autocensurer) qui monopolisent les profs à chaque intercours ? Et comment parvenir à se faire bien voir des profs sans devenir un lèche-bottes collant et surexcité ? Le tout est de faire preuve de modération. Quand on prend une initiative envers les profs, il ne faut pas en faire trop, mais en faire suffisamment. Il faut se faire remarquer, mais dans le bon sens, et avec subtilité et parcimonie. Tout sera plus clair en exemples :

 

Montrer que vous savez des choses
Dans vos copies, ne faites pas un catalogue exhaustif de toutes vos lectures ou des exemples des profs scrupuleusement recasés mot pour mot. Les profs, comme tout le monde, n'aiment pas être plagiés ni manipulés. Faites plutôt un appel contrôlé et parcimonieux à vos connaissance en fonction du sujet. En khôlle, ne parlez de vos références qui n'ont pas un lien direct avec le sujet qu'en conclusion (et ne vous attardez pas pendant trois heures). Il faut pourtant montrer que vous avez une culture, alors constituez-vous une batterie d'exemples éclairés piochés dans plusieurs domaines (littérature, musique, physique, etc) que vous pouvez facilement appliquer à tous les sujets. En cours, si jamais un sujet évoqué est votre passion (les symphonies de Wagner, les protozoaires rhizopodes, les auteurs Mongols du 16ème siècle, etc) n'hésitez pas ! Il ne faut pas que ce soit à chaque cours et que vous essayiez d'avoir réponse à tout : ça ne sert à rien et c'est énervant. En revanche, c'est hyper gratifiant d'avoir l'occasion de se faire remarquer sur un sujet que vous êtes le seul à maîtriser.

Répondre aux questions
Les profs de lycée ont souvent un "élève référent", c'est-à-dire l'élève au regard attentif et compréhensif posé sur eux qui leur donne l'impression de ne pas faire cours dans le vide. Evidemment les profs peuvent avoir plusieurs élèves référents, mais vous avez sûrement déjà eu cette impression que le prof vous regardait très souvent dans les yeux (cela arrive généralement lorsqu'il cherche soit un volontaire, soit une approbation) ou au contraire qu'il vous ignorait complètement et ne regardait que votre voisine de droite. Pour qu'il vous regarde, il faut bien se mettre dans sa ligne de mir. Ne pas être ignoré du prof est très important (ça peut être utile qu'il se rappelle de vous au moment du conseil de classe). Donc essayez souvent de croiser son regard, et si jamais ce regard se pose sur vous alors qu'il pose une question et que vous connaissez la réponse, naturellement, c'est à ce moment-là qu'il faut parler. Je sais que c'est une pratique courante entérinée depuis des siècles, mais par timidité ou autre raison inexplicable, je n'aime pas l'idée de lever le doigt pour montrer au prof qu'on sait. Alors que si on croise son regard d'un air entendu au moment précis où il cherche quelqu'un, on établit une connivence et en plus, cela donne l'impression infiniment gratifiante d'être  au bon endroit au bon moment.

Parler avec les profs
Si vous avez une question ou une idée sur le cours ou à propos de votre orientation, n'hésitez pas à aller, de votre propre initiative, parler aux profs aux intercours. Si c'est juste pour dire "j'ai pas bien compris tel point...", en revanche, je pense qu'il vaut mieux le faire en cours, d'une part pour faire profiter la classe de l'explication et d'autre part pour que le souvenir du prof se concentre sur un tête-à-tête où vous avez parlé d'égal à égal et non pas de personne qui a la science infuse à pauvre petit mouton qui n'a rien compris à la vie. Quand vous parlez à votre prof, regardez-le bien dans les yeux, et pareil en khôlle, ils le disent tous. Le contact visuel, c'est hyper important pour qu'on se rappelle de vous, et en plus, on fait rarement confiance aux gens qui ont le regard fuyant. Pour ne pas vous transformer en lèche-botte, n'allez pas parler à votre prof à chaque intercours. Trois-quatre fois dans l'année suffisent pour laisser une image nette et favorable.

Respecter les profs
Inutile de rappeler que les règles élémentaires de politesse sont de rigueur, mais surtout, ce point concerne les absences, qui peuvent arriver à tout le monde, mais qui sont parfois épineuses à gérer en prépa où nous sommes relativement fliqués. L'usage veut qu'on donne un mot avec un motif écrit au prof lorsqu'on a manqué un de ses cours, mais je suggère d'aller s'excuser en personne en invoquant le motif de la maladie (et en variant les plaisirs maux) avec des yeux de chien battu, de préférence. C'est un motif qui peut sonner banal, mais l'avantage est que personne ne peut aller vérifier. Donnez quelques détails pour faire plus vrai. Par exemple, la fièvre est un argument imparable. Tout le monde comprendra que vous êtes resté chez vous si vous aviez de la fièvre, et en même temps, elle peut passer très vite avec un cachet, c'est donc idéal si vous avez trié les cours si vous n'avez loupé qu'une demi-journée. Mais attention de ne pas trop en faire, l'échange doit rester bref pour ne pas avoir l'air de quelqu'un qui se plaint tout le temps. Aller s'excuser d'une absence plutôt que de simplement donner un vulgaire mot où il est inscrit "motif : santé" fait tout de suite plus respectueux et plus authentique. Le but n'est pas de l'apitoyer, mais de se soustraire à toute éventuelle suspicion de séchage, pratique exécrée et fougueusement combattue par l'ensemble du corps enseignant.

A éviter
- Parler en verlan, langage wesh-wesh, accent racaille.
- Ecrire en abréviations ou langage sms dans une copie.
- Publier des caricatures de profs sur un blog où tout le monde peut aller.
- Dormir en cours, ou même simplement avoir l'air de s'ennuyer profondément.
- Boycotter assidûment un même cours sur plusieurs semaines.
- Remettre en cause ses méthodes d'enseignement ou ne pas approuver ses critiques.
- Lui dire que l'ENS c'est du vomi de cassoulet fermenté, que vous n'avez pas besoin de lui, l'insulter et lui jeter des pierres.