Parmi le catalogue de toutes les prépas qui existent sur terre, nous sommes quand même une espèce à part. Celle qu'on ne remarque pas tout de suite, mais qui se distingue ensuite. Nous sommes littéraires. Nous avons l'esprit ailleurs et la plume heureuse. Naturellement, pour cet article encore, je me montrerai pleine de préjugés, et (et j'espère que cette fois-ci vous l'aurez compris plus vite) pleine d'ironie. Sauf exceptions, je n'aime pas les scientifiques.

 

D'abord, les scientifiques sont des personnes bizarres dans le monde de la prépa. Ils ont des exposés à faire sur des sujets vraiment étranges, comme le changement de couleur des feuilles à l'automne, ou encore la constitution d'un herbier. Et puis, fait totalement incompréhensible, ils passent leurs khôlles à plusieurs... Incroyable ! Soit que le sujet soit trop difficile pour être résolu seul, soit qu'il vaille mieux éviter la solitude pour se prémunir contre le suicide en prépa scientifique, nous les voyons, à des horaires étranges (à midi par exemple) passer leurs khôlles à deux ou trois. Et écrire des longues suites insondables de chiffres et de lettres au tableau. Je n'ai jamais su s'il comprenaient vraiment ce qu'ils écrivaient, car quand même, ça a l'air hautement incompréhensible, même pour les spécialistes. J'imagine que c'est là un de leurs rares points communs avec les littéraires, qui connaissent ça en philo par exemple. Certains comprennent ce qu'ils écrivent, d'autres non mais font semblant, d'autres non. 

 

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Deuxième préjugé : leur probable intelligence des nombres est proportionnelle à leur degré de rusticité. Je concède tout à fait que nous, littéraires, puissions avoir nos faiblesses en matière de raffinement. Je pense particulièrement à certains spécimens dont l'humour est délicieux, mais néanmoins grandement centré sur le thème de l'excrémentiel. Et pas de doute possible, il ne s'agit pas d'un hommage à Rabelais, je vous le garantis. De même, certains scientifiques peuvent se montrer d'une rare subtilité, c'est avéré. Il existe donc de nombreux contre-exemples du préjugé que j'avance présentement, mais le préjugé a justement pour caractéristique d'être borné et sans nuance : laissons donc de côté ces honnêtes considérations. Les scientifiques sont à 80% des mâles, ce qui, je pense, peut éventuellement expliquer en partie (admirez la modalisation) la bassesse de leur humour dont le vocabulaire se réduit bien souvent au champ lexical de la bite. Contrairement aux littéraires qui sont à 80% des femelles, à 10% des mâles, et les 10% restants se situent quelque part entre les deux, constat énigmatique dont les conséquences s'imposent d'elles-mêmes, et qu'il est donc inutile de détailler.

 

Mon troisième préjugé (cette fois-ci nettement positif) concerne leur intelligence, dont je ris parfois, mais que je soupçonne réelle, dans le fond. Quand je suis en présence d'un scientifique, il m'arrive systématiquement de me sentir très conne. Suis-je VRAIMENT conne ? (probable) Ou l'autre est-il vraiment brillant ? (encore plus probable). Les qualités littéraires restent une aptitude très aléatoire, car les mots et les idées sont maléables à l'infini. On peut bricoler, quoi. Mais les maths, la biologie, la physique, la chimie, etc, sont des matière hyper sélectives où le talent ne s'improvise pas... Et ayant toujours été particulièrement mauvaise dans les matières scientifiques, pour ne pas dire une vraie merde (pire qu'en latin, c'est dire...), je ne peux qu'admirer les gens capables d'y comprendre quelque chose, même si ce ne sont pas des champions de l'orthographe et même s'ils n'ont pas lu Platon.