Je sens que pendant cette année, je vais galérer sur cette intéressante mais épineuse question de la métaphysique. A part la lecture de quelques préfaces, je n'ai pas encore sérieusement commencé à me plonger dans cette immensité de questions insolvables et de réponses complexes par des auteurs incompréhensibles. J'ai pourtant un programme de lecture sur la métaphysique pour cette année, que je ne vais peut-être pas respecter, mais que je vais tout de même essayer de suivre au plus près.

 

Ma liste de lecture provisoire comprend les ouvrages suivants :
- La Métaphysique et de La Physique d'Aristote (seulement les extraits conseillés par notre prof et les chapitres qui m'inspirent, étant donné la taille des pavés).
- La pensée et le mouvant de Bergson (sachant que je l'ai déjà lu en partie l'année dernière puisque Bergson était au programme).
- Qu'est-ce que la métaphysique ? de Heidegger (le titre m'inspire un ouvrage qui puisse enfin plus ou moins me fournir une définition claire).
- Fondements de la métaphysique des moeurs de Kant (parce que bon, Kant, c'est quand même un peu un papa dans le monde de la philo, quoi, et une disserte sans Kant, c'est comme une pizza sans fromage, un cyclope sans son oeil, un oiseau sans plumage, une forêt sans écureuil).
- Les Méditations métaphysiques de Descartes.
- Et éventuellement, si j'ai le temps, Enquête sur l'entendement humain (parce qu'il est court et facile à lire).
Et c'est déjà pas mal, je trouve (étant donné que je n'ai rien commencé).

 

 

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En revanche, je me suis souvenu qu'en hypokhâgne, notre prof de philo nous avait fait un topo pour éclairer les novices dans mon genre sur la notion de métaphysique. Du style qu'est-ce que ça veut dire, qu'est-ce que ça engloble, quels sont les auteurs principaux, et les thèses qui vont avec ? J'ai relu ce cours, qui m'a paru primitif et succin, mais néanmoins très intéressant et concis, je vous en donne donc le résumé, en espérant que cela puisse vous aider, même si vous êtes un pro de la philo et que vous savez déjà tout.

 

Alors en gros, il y a deux stades AVANT la métaphysique et il faut bien les comprendre pour savoir comment on en est venus à la métaphysique :
1) La physique qui comprend :
          - La raison (repose sur l'autorité des lois).
          - L'expérimentation (déterminée par la raison).  
2) La connaissance a priori, qui n'est pas un préjugé mais un présupposé, suivant l'idée que le principe précède les conséquences, et que donc, la raison est antérieure à l'expérience ! Les connaissances a priori déterminent l'expérience elle-même. Mais le problème est de savoir d'où viennent ces connaissance a priori ? Comment sont-elles possibles ?

 

Ce qui nous mène à une troisième discipline, la MÉTAPHYSIQUE, qui constitue :
- Le dépassement de l'expérience : la métaphysique est ce qui se situe au-delà de la physique, donc ce que l'on cherche à connaître une fois que l'on a connu les choses de la nature. Il s'agit d'un ensemble de considérations abstraites, difficiles, au-delà de l'expérimentation : ce que Kant nomme la Raison pure. La métaphysique a trois objets principaux : Dieu (théologie rationnelle), l'âme (psychologie rationnelle : avons-nous une âme ?) et le monde (cosmologie rationnelle : le monde est-il fini ? Quelle est la place de l'homme dans le monde ? La liberté existe-t-elle ?).
- Une connaissance conceptuelle : la métaphysique est une connaissance spéculative, qui se rapporte à voir ce qui est masqué sans se réduire à la perception visuelle.
- Une tendance intuitive : la métaphysique est une capacité injustifiée à entrevoir la vérité. Mais cette intuition est immédiate et exclut l'intuition intellectuelle car l'intelligence ne voit pas. Elle procède par concepts. Par exemple, tous ceux qui conçoivent ce qu'est Dieu savent que Dieu existe, ils en ont l'intuition.

Le monde, Dieu et l'âme sont inconnaissables car ils échappent à l'expérience et ne sont pas des objets mathématiques connaissables a priori (sans le recours à l'expérience). La raison et le savoir métaphysique ne sont pas compatibles car ils ne sont pas sur le même plan de réalité. C'est pour cela que la métaphysique n'est pas une science, et d'ailleurs personne n'est d'accord à son propos. 

 

Sauf que la métaphysique a des limites, dénoncées par le boss de la philosophie lui-même (Kant). La métaphysique est impuissante, voire vouée à l'échec,  car c'est une connaissance par simples concepts. Or, la raison s'appuie sur l'expérience. Elle se trouve donc dans un embarras qui prend la forme d'une défiance à l'égard de la raison et conduit à un doute profond, une misologie (= haine de la science et de la raison). Aujourd'hui, nous voyons la métaphysique comme une connaissance conceptuelle qui manipule de multiples abstractions, des problèmes fondamentaux et les grandes questions existentielles. Elle produit toujours une forme de dépit car elle promet beaucoup plus qu'elle ne donne en vérité. Elle est considérée comme une oeuvre d'imagination, une illusion, le "roman de l'âme" dixit Voltaire.

 

Je tiens aussi à préciser que l'ensemble de cette définition de la métaphysique résume plus ou moins ce qu'ont en dit Kant, Aristote et Descartes (en gros c'est un mix des thèses des philosophes principaux qui ont écrit là-dessus, surtout de Kant). Mais pour d'autres auteurs, la métaphysique peut se définir autrement. Par exemple, Heidegger dit que la métaphysique, c'est l'oubli de l'être. Je ne développe pas car je compte lire Heidegger et faire un résumé de ses thèses sur la question plus tard.