Le premier qui me dit que Cicéron, c'est pas carré, je le fracasse. Comme on l'imagine aisément, avec un titre comme les Académiques et une date de parution comme l'Antiquité, fallait pas s'attendre à exploser de rire à chaque page. Je m'attendais même plutôt à mourir d'ennui dès la deuxième et à relire 15 fois le même paragraphe avant d'en comprendre le sens, comme c'est le cas avec beaucoup de philosophes, et avec beaucoup d'écrits antiques (les Académiques réunissant les deux, j'ai failli envisager le suicide). Mais FINALEMENT, je me suis rendu compte que cette lecture avait été utile sous bien des aspects. Attention, je ne dis pas passionnante sous bien des aspects, mais utile sous bien des aspects. Petite nuance, mais qui a son importance.

 

Il m'est souvent arrivé en cours de philosophie (surtout depuis que je suis en prépa) de lire un auteur, Kant par exemple, et de me dire "purée mais c'est vraiiiii ! Il a trop raison, j'y aurais jamais pensé ! Je suis kantienne, c'est clair et net !" Puis de lire deux jours après un autre auteur, Hegel par exemple, qui dit exactement l'inverse de Kant, et de me dire "nan mais c'est clair, c'est complètement vrai, ce qu'il dit, c'est exactement ça ! Il a tout compris, je suis trop hegélienne !" Puis de réaliser tristement qu'en fait, je ne sais toujours pas si je suis kantienne ou hegélienne ou aucun des deux. Oui, faire de la philosophie, ça remet en cause votre identité, ça chamboule votre capacité d'adhésion, ça vous tue le cerveau. C'est DANGEREUX.

 

Mais ce n'est pas le sujet. Cicéron, m'a donc appris dans ses Académiques qu'en fait, personne n'a raison, et que si on adhère spontanément à une thèse sans avoir d'autres preuve de sa véracité que l'éloquence de son prêcheur, on est d'une consternante stupidité car on se laisse émouvoir sans savoir. La vérité, c'est qu'aucun dogme n'est préférable à aucun autre ! On ne peut pas choisir ! La solution : être sceptique.

 

Bon j'avoue. Ca paraît un peu radical. Surtout que je me suis laissée avoir aussi, j'en suis consciente. Je me suis un peu faite arnaquée par Cicéron, bien sûr, mais aussi par Lucullus. Il est pas cool, Lucullus. Pour ceux qui n'auraient pas lu l'ouvrage : la première partie des Académiques c'est le discours de Lucullus qui défend corps et âme Antiochus, qui est plus ou moins stoïcien. Et la deuxième partie des Académiques c'est la réponse enflammée de Cicéron qui défend Carnéade, qui est radicalement sceptique. Donc dans la première partie de l'ouvrage, on se dit "oh oui mais c'est bien sûr ! Quel idiot, ce Cicéron d'être sceptique ! Evidemment qu'on ne peut pas suspendre son assentiment ! Lucullus est TROP fort, il a TROP raison !" Et puis dans la deuxième partie, où Cicéron réfute tous les arguments de Lucullus les uns après les autres pour exposer brillament les siens, on se dit qu'en fait, on est clairement sceptique et on aurait tort de ne pas l'être.

 

Bref, vous l'avez compris, je n'ai absolument aucune personnalité philosophique. Résultat de mes deux années de prépa. Et c'est grâce à Cicéron que je l'ai compris ! Merci Cicé ! 

 

Deuxième truc trop cool avec Cicéron, c'est que, durant tout son ouvrage, il reprend point par point l'histoire de la philosophie, ses origines, les querelles entre les philosophes antiques, etc. Tout ce qu'on est censés savoir, mais qu'il ne fait pas de mal de réviser. Cette lecture s'est donc avérée intéressante, même si quelques éléments mériteraient un petit éclaircissement, Philosophie pour les Nuls à l'appui. En effet, avant de lire les Académiques, je ne savais pas que Platon et Socrate étaient de l'Ancienne Académie, que cette Académie avait subi quatre réformes, par quatre autres philosophes révolutionnaires qui, concrêtement, adorent enculer les mouches se disputer sur des détails en étant d'accord sur le fond mais pas sur la forme. Ca va rendre l'apprentissage de leurs thèses assez complexe (mais je n'en suis pas encore là)...

 

En conclusion, je dirais simplement que Cicéron, c'est un personnage attachant. Il s'envoie des fleurs à lui-même, c'est marrant. L'autre jour, alors que je réfléchissais après qu'une amie m'a posé une question, elle m'a dit "qu'est-ce qu'il y a ? T'as l'air sceptique..." et je l'ai pris comme un compliment. Vous pensez que je suis normale ?