Pourquoi sommes-nous si différents des fâkheux et pourquoi ne peuvent-ils pas nous comprendre ? Cette question est épineuse car après tout, les fâkheux sont des étudiants comme tout le monde. Alors je ne vois pas pourquoi il existe toujours cette rivalité, même tacite, cette incompréhension et cette incommunicabilité entre étudiants de prépa et étudiants de fac. D'abord, mettons les choses au clair. Je ne critique en aucune façon le fait d'aller à la fac plutôt qu'en prépa. Et ni d'ailleurs le fait d'aller à la fac tout court. Ok, je m'épanouis en prépa et je suis ravie de la diversité des enseignements que nous y recevons, mais si je n'avais pas été prise dans la prépa que je demandais, je n'aurais certainement pas craché sur la fac, et j'aurais bien fait comme tout le monde. Et d'ailleurs, même si je khûbe, il y a quand même de fortes chances pour que je ne sois pas admise à l'ENS l'an prochain (pour ne pas dire TOUTES les chances) et donc, inévitablement, je vais me retrouver à la fac. Et je ne considère ni ça comme un échec, ni comme une honte, ni une déchéance. C'est mon destin, et je m'en réjouis.

 


[Je tiens à ajouter Post Scriptum une petite nuance à mes propos afin d'éviter soit les commentaires rageux, soit les avis mécontents et déçus des gens qui suivent mon blog. Je pensais que c'était clair, mais visiblement pas trop. Donc je rappelle que tout le long de cet article (et de même que tout le long de mon blog), mon ton est IRONIQUE. J'exagère tout, je m'insurge d'un rien. Et deuxièment, il est EVIDENT que les personnes dont je fais la "critique" sont une minorité, et je conçois tout à fait que certains fâkheux puissent avoir beaucoup de travail, en cours comme hors cours, et que de toute façon, notre martyr à nous n'est issu que de notre choix et que nous devons par conséquent l'accepter et pas nous plaindre. En l'occurrence si vous avez bien lu l'article, nous ne sommes pas toujours ceux qui nous plaignons le plus, mais ce n'est pas le sujet. Parenthèse fermée.]

 

Cependant, en bonne khâgneuse que je suis, je suis PLEINE de préjugés à l'égard de la fac et des fâkheux (tout comme ils le sont avec nous). Ce paragraphe va donc sans doute en révolter plus d'un, mais je pense qu'il est mauvais d'entretenir cette hypocrisie qui existe depuis des siècles entre ceux qui bossent (ou font semblant) et ceux qui glandent (ou font semblant). 

 

Mon premier préjugé, c'est que, franchement, la première année à la fac, elle ne sert à rien à part faire la fête. 18h de cours par semaine, c'est la moitié d'un emploi du temps d'hypokhâgneux, qui, quand il entend ça, ne sait pas s'il doit rire ou pleurer. J'ai, gravé dans ma mémoire, le témoignagne d'une pote qui était en psycho avec 12h de cours par semaine et qui se plaignait de s'ennuyer. D'ailleurs, même les profs considèrent que cette première année ne sert à rien : ils nous accordent sans problème notre équivalence de droit à la fin de la première année alors que nous n'avons jamais fait de droit de notre vie. Oui, ok, ça nécessite un rattrapage intensif, mais quand même. En plus, les partiels de la fac, honnêtement, comment font-ils pour les supporter ? Trois heures d'épreuve d'affilée, mon Dieu mais c'est HORRIBLE. Pour résumer, la difficulté principale de la première année à la fac, c'est d'arriver à suivre ses quatre activités (danse, sport, club d'échec et musique) sans oublier d'aller aux partiels. Un vrai challenge. Je ne parle cependant que de la première année, car c'est sûr qu'en deuxième année, les choses changent. Ils ont plus de cours, les partiels sont plus sélectifs, et certaines matières sont aussi, voire plus dures à gérer qu'en prépa.

 

Mon deuxième préjugé, et je suis sans doute parano, concerne l'attitude (méfiante, voire méprisante) des fâkheux vis-à-vis de nous, les khâgneux. Ils nous regardent bizarrement quand on leur dit qu'on a des épreuves de 6h. Et pire ! Ils rigolent quand on leur dit que ça ne nous suffit pas toujours. Ils essaient de nous faire enrager en se plaignant : 1) soit qu'ils ont trop de boulot (AHAHAHAH) 2) soit qu'ils n'en n'ont pas assez (ahahaaaa). Bref, tous les chemins mènent à la prépa...

 

Mon troisième préjugé, c'est que, vraiment, y'a une sacrée incompatibilité entre nous, un mur, un gouffre, un océan, une galaxie, si vous préférez. C'est un autre univers, une autre mentalité. Avant, nous étions potes au lycée. Maintenant, désolée les gars, mais faut que j'aille lire Platon. Ils se tirent dans les pattes entre eux et croient que ce sont nous les tarés de la compétition. Ils parlent de choses bizarres du genre la conception de leur emploi du temps... Nous, notre emploi du temps, c'est sûr qu'il est vite conçu. Ou alors "C'est chiant, j'ai pas cours le jeudi, ce qui m'oblige à rentrer pour une journée ! J'aurais préféré que ce soit le vendredi..." Ah bah nous, on risque pas de se poser la question puisqu'on n'a pas de weekend... Bref, ce n'est pas le cas de tous les fâkheux car il y a certains spécimens avec qui j'ai conservé de très bonnes relations et c'est super de pouvoir parler d'autre chose que de boulot avec eux. 

 

Je pense qu'en master (ce qui m'attend inévitablement), on a quand même un peu plus de boulot (un mémoire, des stages, etc.), mais très honnêtement, je ne suis pas pressée de rejoindre cet univers étrange où on ne se fait pas trop d'amis (les vraies amitiés, elles se construisent dans la galère, et là... ils sont déjà tous amis entre eux) et je crains d'avance ma réinsertion future.