Si vous n'avez jamais été en khâgne (mais que cette perspective vous réjouit au point de projeter de vous y jeter inconsidérément), vous avez le bonheur de ne pas encore savoir dans quoi vous mettez les pieds. Sinon, vous y auriez peut-être réfléchi à deux fois avant de vous lancer dans l'aventure khâgnale. En effet, je ne vous le cache pas, même si la khâgne, c'est formidable à bien des égards, c'est tout de même très contraignant, très fatiguant et cela modifie d'une manière considérable votre mode de vie. La khâgne régit votre emploi du temps et vos états d'âme. La khâgne possède votre âme. La khâgne prend votre vie. La khâgne, c'est le mal (dites-moi si j'en fais trop).

 

La conclusion à tirer de ce paragraphe encourageant, c'est que l'espèce des khâgneux est très différente de toutes les autres espèces d'étudiants. Elle a des passages, des moments, des cycles en fait, qui lui sont propres et qui régissent la manière d'être des étudiants qui lui appartiennent. Evidemment, mon but n'est pas de faire de discrimination entre les différentes castes d'étudiants, mais il y a quand même un gouffre entre  fâkheux et khâgneux. Contrairement aux gens qui sont à la fac, il y a des choses que nous ne pouvons pas nous permettre. La différence principale réside dans le fait que nous n'avons pas le choix. Pour garder le rythme, nous DEVONS travailler, alors que, les fâkheux eux-mêmes vous le diront, en licence, on peut encore se pointer aux partiels en ayant commencé ses révisions 3 jours avant. Or, c'est un luxe que le khâgneux ne peut pas s'octroyer, car il est pris dans une chaîne, dans un engrenage qu'il ne peut pas briser sous peine de ne jamais retrouver le rythme. Oui, c'est pour ça que je n'arrête pas de vous répéter de garder votre rythme. C'est pour ça aussi que le rythme ne doit pas être trop soutenu du départ. Contrairement au fâkheux, le khâgneux idéal est régulier. Il peut tenir la distance. Il sait quelles sont ses limites, donc il s'impose des objectifs à sa portée, donc il garde le rythme.

 

 

Il faut bien le comprendre avant de rentrer en khâgne, afin d'éviter les deux excès. Le premier étant de ne pas bosser et de se réveiller la veille des examens, auquel cas vous êtes mort. Le deuxième étant de bosser pendant l'été et à la rentrée comme un taré et ensuite de vous essouffler petit à petit pour finalement rendre l'âme au bout de trois mois. La khâgne dure dix mois (en gros) pendant lesquels vous devez toujours avoir le même rythme de travail, régulier mais qui admet néanmoins une certaine souplesse. Par exemple, rythme un peu plus soutenu le vendredi soir (avant le DS du samedi), avant les concours, pendant les semaines de révisions, et rythme un peu plus relâché pendant les vacances, et après les examens.

 

Bref, tout cela pour dire que la khâgne doit se concevoir dans son ensemble, comme une chronologie. Il faut anticiper les coups de mou, les épreuves et les craquages ; et il faut s'autoriser des récompenses et des moments de frivolité ou de glandage. Cette chronologie comprend des cycles qui reviennent toute l'année et qu'il est bon de connaître afin d'en anticiper les causes et optimiser les effets. Voici donc quels sont les cycles du khâgneux qui reviennent plusieurs fois (oui forcément puisque ce sont des cycles) au cours de l'année scolaire : 
- Pêche et motivation 
- Lassitude et envie d'autre chose
- Pêche et motivation
- Fatigue et déprime (*)

 

Voilà ce que donnent les cycles du khâgneux mis en application dans un calendrier khâgnal (approximatif) :

- Juillet : pêche et motivation. Déjà on est contents que ce soit enfin les vacances ! On a envie d'attaquer le nouveau programme et on commence à s'imposer des objectifs fous qu'on ne tiendra généralement pas. Et qui, de toute façon, ne sont pas super utiles. En juillet, mieux vaut se contenter de lire les oeuvres au programme, c'est déjà ça et au moins, on ne prend pas de retard.

- Août : lassitude et envie d'autre chose. On a vraiment beaucoup donné en juillet, et en plus on n'est pas super satisfait des résultats. Soit on ne s'est pas tenus à son planning et donc on a pris du retard. Soit on a bossé trop de trucs mais sans aucune méthode. On n'a qu'une envie : glandouiller au soleil et partir loin pour oublier le travail qui nous attend.

- Septembre : pêche et motivation. C'est la rentrée, on retrouve ses potes, on prépare ensemble l'intégration, on achète ses cahiers et stylos tout neufs, on se fixe de nouveaux de supers objectifs qu'on ne pourra pas tenir et on est content de retrouver un rythme de vie à peu près stable après s'être laissé aller pendant deux mois.

- Octobre : fatigue et déprime. On en a déjà trop marre des DS le samedi (dans notre lycée ça commence le premier samedi) et on voit nos potes fâkheux qui viennent à peine de reprendre les cours. On se demande si on pourra tenir ce rythme effréné toute l'année. On commence à flancher, et en plus, c'est les premières notes qui tombent, elles ne sont pas très bonnes, on s'y attendait, mais ça fout quand même un coup au moral.

- Novembre : pêche et motivation. C'est les vacances de la Toussaint ! On peut se requinquer un peu. Cette fois, on oublie son programme et ses objectifs. On a compris qu'à part plomber le moral, ça sert à rien. On essaie de lire un peu, mais les vacances sont trop courtes ! Peu importe, il a plu toute la semaine donc on s'est bien reposé et on réattaque la khâgne avec ardeur.

- Décembre : lassitude et envie d'autre chose. Le premier concours blanc arrive à grands pas. La peur s'installe. Il fait froid, on en a marre de travailler et de stresser. On est en retard, on ne se tient à aucun planning, le boulot s'accumule, on ne trouve même plus le temps de manger, on dort 4h par nuit et on a envie de tout, sauf d'être en examen à cette période critique de l'année. On attend les vacances avec impatience.

- Janvier : pêche et motivation. Cette pêche et motivation-là est relative car elle dépend beaucoup de ce qu'on a fait pendant les vacances d'hiver. Si on a beaucoup fait la fête, évidemment, on n'est pas super reposé. Mais d'une manière générale, on a toujours la sensation d'un "nouveau départ" au mois de janvier, et rien que cette sensation redonne de l'espoir et du baume au coeur. En plus, les premiers progrès se font sentir.

- Février : fatigue et déprime. Cela dépend des zones et donc de la période des vacances de février, mais d'une manière générale, février est une mauvaise période pour les khâgneux. On sent le deuxième concours qui approche à une allure folle et on sait très bien qu'on n'a pas le choix, on doit passer nos vacances à réviser, ce qui est déprimant. Période où le khâgneux a vraiment un gros gros coup de mou. 

- Mars : pêche et motivation. Le concours blanc se termine, il est temps de passer à autre chose et de relâcher un peu la pression. C'est en mars que le khâgneux progresse le plus ! Regain significatif d'intérêt pour les cours et pour les oeuvres. C'est le début du printemps, le soleil commence à percer, on sort un peu plus souvent. En plus, c'est le moment de préparer l'inversion, donc de se souder les uns les autres et de créer une solidarité renaissante entre khâgneux.

- Avril : lassitude et envie d'autre chose. Ce sont les révisions pour le VRAI concours qui approche inexorablement. Climat de panique entre les khâgneux, qui passent leur vie enfermés à la BU sans pouvoir profiter du soleil. On voudrait être partout sauf à notre place. Puis le concours arrive. On se sent frustrés, on a pas eu le temps de faire tout ce qu'on voulait faire, on ne se sent pas prêt et incompris, on a l'impression que les autres sont vachement plus instruits et intelligents, on a hâte que ça se termine. Période affreuse, et très stressante.

- Mai : pêche et motivation. Ca sent l'été qui arrive ! Le concours est terminé ! On se retrouve tous ensemble pour fêter ça. On relâche la pression. On est contents de voir les hypokhâgneux qui triment encore. On profite de nos quelques semaines de vacances, et pendant ce temps, on prépare notre festival de khâgne (idéalement).

- Juin : fatigue et déprime. Les cours reprennent pour la "préparation des oraux". Ca fait vraiment chier de préparer des oraux qu'on ne passera jamais, puisqu'on est sûr d'avoir loupé le concours et de ne jamais être admissible (en tout cas pas cette année). C'est comme des semaines de cours, mais en pire, puisqu'on passe à l'oral et donc on a plein de textes et de sujets à préparer. C'est vraiment très contraignant, et en plus, c'est difficile de sécher sans se faire repérer

 

(*) Je tiens tout de même à préciser que la "pêche et la motivation" tout comme la "fatigue et la déprime" sont d'intensités et de durées variables et donc à relativiser.